Depuis pas moins d’un demi siècle, les gros poursuivent interminablement leur OPA inamicale sur une domination mondiale jusqu’ici maigre quoique aujourd’hui dangereusement menacée. En effet, au sortir fatal du siècle dernier, aboutissement vespéral d’une civilisation foisonnante de richesses intellectuelles et de complexités psychophysiologiques mais également prémices d’un monde à l’agonie, trouve son avènement dans un constat général de surpoids pondéral de masse, qui pourrait bien être à l’origine d’un conflit diplomatique et planétaire inéluctable, et pourtant, pourtant.
Purs produits d’une américanisation sans limite, principalement jeunes et avides d’hamburgers adipeux ou d’autres boissons caloriques que je ne nommerais afin de ne pas faire de publicité pour Coca-cola ou Orangina, les gros bénéficiaient d’une condescendance tendant parfois à la bigoterie. Entretenant un physique grossier et primitif, sous lequel ils pouvaient encore, gaiement clamer haut et fort qu’ils suivaient un régime sans attirer sur eux toute la haine et l’indignation de leurs compatriotes, les enjeux du troisième millénaire semblent fondamentalement changer la donne.
En effet, loin d’être dupes, les nouvelles générations de maigres dénichèrent la supercherie : « Les gros nous endorment ! Ils nous roulent dans la farine ! » Ainsi, les maigres ne tardèrent pas à réagir face à ce qu’ils appelèrent désormais : « La menace gros » Du côté des concernés, on ne se rendit pas tout de suite compte du danger imminent de la prise de conscience maigre. Pourtant, les conséquences allaient être terribles, selon Jean-Bernard Gradouble, journaliste au Nouvel Observateur (NDLR : La fabuleuse épopée des gros culs, 2001 Plon).
C’est ainsi que les maigres eurent, sans surprises, le soutien appuyé des gouvernements successifs animés par un seul but clair : la lutte affirmée contre l’obésité ; « extermination profonde et totale des gros » selon le Secrétaire Général de la Confédération Générale des Gros Culs (CGGC), dénonçant un contentieux illicite de la tyrannie maigre alors que Roger Saindoux, président d’honneur du Troisième Colloque des triples mentons anonymes, n’hésitait pas à dénoncer « un génocide incontrôlé aux conséquences humaines dramatiques. » De son côté, le Professeur Jean-Paul Vareinstein, appelant au calme et à la sérénité, pointait du doigt un retour passéiste d’une nouvelle forme de malthusianisme primaire dans lequel le gros constituerait un risque avéré quant à la palingénésie naturelle des ressources alimentaires par surconsommation.
Toutefois, les résultats sont là : après deux décennies d’expansion immarcescible, les gros devaient essuyer un premier échec cuisant. La réaction maigre ne s’était en effet pas fait attendre : mesures rapides et efficaces notamment utilisées dans les messages publicitaires par insertion habile d’un avertissement non moins adroit : « Acheter ce produit mais après aller courir pour par prendre du poids : fastoche non ? » Sous cette insignifiance certaine, c’est toute la perversité et le sadisme irrésolu des maigres qui apparaît. En feignant la prévention, c’est la ségrégation, la délation, qui est visée : « Bande de gros cons, arrêtez de bouffer, sortez-vous le doigt du cul et allez courir un peu bordel de merde ! »
Il est indéniable que plus que jamais la situation s’aggrave pour les gros, qui non seulement en perte de vitesse, sont en plus l’objet d’une stigmatisation qui n’est sans rappeler un climat nationaliste de haine du juif errant. Entrave sérieuse ? Avenir corrompu ? Toujours est-il que Roger Saindoux ne sans laisse pas compter et attend une réponse sérieuse et concise des pouvoirs publics face aux préoccupations des gros et notamment quant à leur survie : « Qu’on nous laisse bouffer tranquille à la fin ! » En cas contraire, Roger Saindoux prévient, il n’hésitera pas à appeler à la grève de la faim. Nous voilà prévenu.
En plus d'avoir perdu un kilo après vingt ans de régime intensif, Pierrot avait perdu l'appétit
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confond souvent manchots et pingouins en raison de leur
ressemblance physique, ils n’ont pourtant rien à voir.
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