Rococo contre de Gaulle
La politique, au bout du compte, c’est un art. Attention nous parlons bien de la Politique, avec un grand P !... La noble, la belle, la pure, façon gréco-romaine : il s’agit de celle des « affaires » de la cité, de la conduite de l’Etat, en somme, du Pouvoir (et pas de la vulgaire politique politicienne, qui concerne elle, la conquête du pourvoir seulement) ! Ainsi, la Politique céleste possède, comme tout art qui se respecte, des génies et des ratés, des visionnaires et des imitateurs, des succès et des flops, et puis bien sûr, des mouvements…
Il apparaît que la politique du président Sarkozy, bien que récente et fort changeante, rentre dans un courant artistique, le Baroque, comme en réaction (en rupture, diront certains) au Classicisme des années mitterando-chiraquiennes. Les différences sont nombreuses et fondamentales : le baroque sarkozyen se caractérise, des mots mêmes de Wikipédia, par l’exagération des mouvements, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance et la grandeur parfois pompeuse : on parle de rococo, de bling-bling… cette politique là est l'antithèse du Classicisme, que l’on pourrait outrageusement caricaturer en disant qu'il s'agit d'une froide imitation des anciens de l'antiquité (Charles de Gaulle et autre monarque pompidolien)…
Dans la conduite des affaires, des dissemblances intolérables se font sentir : là où le président classique s’exprimait deux fois par an (le 14 juillet et en toute fin d’année), le président baroque pond un discours par jour. Le président classique ne sortait qu'une fois pas mois de son palais de l'Elysée (de style classique), le président baroque n'y est jamais, et tâte en moyenne 7358 mains par jour. Le président classique fait des discours froids et académiques, le président baroque tient à faire l'événement chaque jours, à accoucher d'un polémique stridente dès qu'il le peut, en quelque envolée lyrique guainoesque. Le classique sait que le prestige du chef naît de son mystère, le président baroque pense que son prestige vient au contraire de son exposition, et pour ainsi dire, il n'hésite pas à nous montrer son cul. Le classique épouse des femmes de sang bleu dotées d'un sérieux à faire cailler du lait frais, l’autre, tombeur de ses dames et Casanova oblitéré, divorce, use de sa main droite pendant trois jours et se marie avec la première courge nymphomane qui se présente à lui.
L'un a bien compris qu'il était là pour incarner le pays et lui montrer le chemin en défendant une « certaine idée » de la France, l'autre hésite entre le gouverner tout seul depuis son bureau, ou laisser aux ministres une marche de manœuvre suffisante pour qu'ils puissent décider eux-mêmes de leur agenda… Le classique entretient des rapports bienveillants et paternels avec le peuple, le baroque, lui, n’y va pas de mains morte, est sait insulter le monde avec révolte en causant comme le plus vulgaire tourneur fraiseur. Roc insubmersible et solitaire, le classique sait garder son calme, même prit dans la tourmente de la vindicte populaire ; le baroque trépigne, et à la première mauvaise réflexion, rentre en Transverbération courroucée… Le classique est stoïque, figé dans le marbre, joliment décoré, le baroque, lui, est en mouvement, fourmillant, expansif et ostentatoire. L'un est un monarque, l'autre est une star, mais les deux sont élus...
Les français semblent préférer clairement le classique. Faut dire, un demi-siècle de classicisme, ça se balayent pas en deux secondes. Faut dire aussi que le baroque, ça lasse vite : ne dit-on pas que tout ce qui est exubérant est insignifiant ? Sarkozy, insignifiant ? On aurait dit que Fillon l’était plus !
La boule d'énergie baroque du président passera-telle dans l'ère classique de ses gardes républicains pisse-froids ?