La position du missionnaire
L’exultation est un sentiment qui m’est aussi étranger qu’une sino-turque aux origines corses, et qui préfère Louise Michel à Bob Dylan. Cela dit, c’est sans doute d’une émotion similaire dont je fus animé quand il me sembla avoir compris la machiavélique stratégie politicienne de notre tombeur de ces dames nationales. Et c’est de cette exaltante constatation dont je vais vous faire l’enseignement en cette cinquante-septième chronique, moi qui suis, je vous le rappelle pour la cinquante-septième fois consécutive, le chef de file rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité.
Faisant le bilan impertinent au possible, sans tomber dans le sarkozysme le plus décadent ni dans le gauchisme primaire des hommes-grenouilles, il m’est venu au visage une chose qui m’en esbaudit les esgourdes au simple fait d’y penser : il n’y pas sous Sarkozy de solidarité gouvernementale ! Et ça, il faut bien le dire, c’est une forme de rupture, parce qu’avant c’était le chevènementiste adage qui était d’usage : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne »
Or, Fadela Amara, ministre d’ouverture A.O.C., n’a pas fermé sa gueule quand elle hurlait à tue-tête son indignation face au dégueulasse de l’amendement ADN de l’autre emmerdeur législatif ; et que je sache, elle n’a pas démissionné non plus ! Rama Yade, et à une moindre mesure son compagnon Kouchner, non plus n’ont pas fermé leur grande gueule diplomatique à la venue de l’autre emmerdeur libyen, et n’ont pas non plus démissionnés, en claquant violemment la porte au nez de Sarkozy et de l’autre emmerdeur matignonesque. Devant un tel désordre, que dis-je un tel capharnaüm gouvernemental, ne sommes pas en droit de nous demandez si Sarkozy est au niveau ?...peut-il gouverner la cinquième puissance du monde, alors qu’il n’est même pas capable de faire taire cinq ministres d’ouverture qui se court après ?!
A cette légitime question, certes, mais d’une affligeante caducité, je répondrai par un rictus narquois et non moins sardonique : « Ahahahahah ! » Car en effet, je crois avoir décelé la terrifiante mécanique qui anime, depuis six mois maintenant la rutilante machine à gouverner la France, en écrasant, surtout, l’opposition gauchiste, déjà aussi active qu’un gros soulard en coma éthylique ! Faisant rentrer dans son propre bercail des gauchistes, ou des personnalités qui n’étaient initialement dans son camp, Sarkozy, ce noble Napoléon des temps modernes, c’est abroger le droit de faire taire les socialistes, de les faire sombrer dans l’oubli médiatique le plus ténébreux. En effet, il savait bien que ses ministres d’ouverture allaient parfois exprimer leur mécontentement… et il savait bien aussi, que ce mécontentement serait bien plus audible que celui de l’opposition, puisqu’il viendrait précisément de l’intérieur du gouvernement ! et si tout le monde se rappelle du mot dégueulasse de Amara, personne ne se souvient de ce qu’a pu dire Fabius, Royal, Hollande ou toute la trique des vieux cons mitterrandolâtres qui se tapent les uns sur les autres depuis leurs imperdables défaite.
Tout ça pour dire que si Sarkozy n’a pas changé la France comme il nous l’a fait croire, c’est-à-dire en faire le pays le plus prospère du monde, il n’en pas moins profondément changé la vie politique française, en bien ou en mal, la question n’est pas là, mais avec, c’est incontestable une diabolique habilité et un talent méphistophélique.
Voilà c'est tout pour aujourd'hui, à mercredi prochain, et d'ici là, je vous emmerde !