Qui veut gagner mon rein ?

Tandis qu’au Darfour, le nombre de victimes du Crime contre l’Humanité qui s’y joue augmente sans cesse, moi, RONCHON, déflationniste défenseur sans défaut défenestrant de facto les défiantes défiances déficitaires du définitivement défini défoncé, défunt défaitiste déféquant défavorablement sur la défaillante défervescence défileuse du défiguré défi défiant qui se défile, et enfin chef de file rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité, j’ai décidé de vous parlez de cette émission tout autant néerlandaise qu’honteuse et qui arbore sans vergogne le nom peu reluisant de « Big Donor Show ».
Cette émission scandaleuse, produit par nos amis de chez Endemol, spécialistes reconnus dans l’étron cathodique, consiste à montrer une femme en phase terminale atteinte d’une tumeur au cerveau incurable (bonjour le morbide) qui va décider en « prime time » à qui elle va donner l’un de ses deux reins, et cela parmi trois candidats, le tout bien sûr sous l’égide infâme des téléspectateurs voyeuristes, qui influenceront la résolution finale par leurs SMS surtaxés.
Vu le principe accablant de ce show avilissant, vous comprendrez facilement mon acariâtre effarement, mon atrabilaire adynamie, mon irascible consternation, ma frétillante asthénie, et j’espère par ailleurs que vous la partagerez. Car en effet, a-t-on jamais vu émission jouée aussi bassement de la misère des gens ? Peut-on sans un problème d’éthique montrer sur une chaîne publique pour enfant une femme agonisante qui va décider devant des millions de téléspectateurs regardeurs de la vie ou de la mort d’individus malades ?
D’abord, cette émission présente des risques médicaux car on ne fait pas de greffe à partir du membre d’une personne atteinte précédemment d’une quelconque tumeur, ce qui est à la porté de tous. De plus, si on va certainement voir l’heureux gagnant du rein chialer de joie parce que sa vie vient d’être sauvée, qu’en sera-t-il des deux autres, qui n’avaient pas le profil suffisamment émouvant pour conquérir assez de votes ?
Ethiquement aussi, c’est une catastrophe, car par cet abject programme, la petite lucarne vient de dépasser une certaine frontière, et ce n’est pas acceptable : on ne fait pas de l’audience et de l’argent sur la dernière chose sacrée de cette civilisation décadente, à savoir la santé ! On ne passe pas une publicité de viande hachée ou de laboratoire pharmaceutique quand on vient d’évoquer une greffe de rein ! On ne laisse pas n’importe qui décider de la guérison ou non de diverses personnes sous la sordide bénédiction d’une naissante « Démocratie du Pire » ! Le paroxysme de la télé poubelle, la plus haute dérive de la télévision vient d’avoir lieu avec l’invention de cet excrément dégoûtant.
Il me semblait que l’on pouvait rester digne, même dans la mort. Eh bien cette bonne femme mourante prouve au monde le contraire : on ne se montre pas à la télévision même s’il nous reste deux mois à vivre, on ne choisi pas la personne à qui l’on fait don d’un de ses organes, même si l’on se fait bouffer la cervelle par une infecte bestiole. Et je dirai de même pour les blâmables demandeurs d’organes, qui vendredi prochain, conjureront larmoyant les téléspectateurs véreux de les plébiscités eux-mêmes plus qu’un autre : c’est de la prostitution, c’est de la flétrissure et c’est intolérable.
Et je m’adresserai pour finir aux quelques pernicieuses enflures d’Endemol, qui non content d’abrutir les peuples de la terre en les gavant de méprisables programmes totalitaires digne de la gestapo, viennent avec cette outrageuse invention télévisuelle de dépasser sans la moindre déontologue moralité les bornes de l’éthique ! Prêt à tout pour remplir leur caisse, ils osent dire que leur cause est bonne, car, selon eux, elle encouragerait le don d’organe ! Je crois que c’est tout l’inverse qui se passe : cette émission méprisable me dégoûte personnellement du don d’organe, et n’a pour seul but que d’attirer l’attention : alors, si vous avez encore une certaine éthique, faites comme moi, et ne regardez pas, sur Internet ou ailleurs, cette vile chose, qui déshonore les Pays-Bas, les donneurs d’organes du monde entier, et l’humanité toute entière, ouvrant la porte aux dérives de la liberté d’expression les plus pathologiques ! En espérant que cela n’arrivera jamais chez nous, je vous propose de faire à cette émission un seul don d’organe : notre doigts dans son cul.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, à mercredi prochain, et d’ici là je vous emmerde !