Sombre hiatus

Quand on me dit avec exaltation que « ce n’est pas la rue qui gouverne », j’acquiesce avec bonté par un mouvement de tête pacifiste. Mais quand on me dit que « ce n’est pas le gouvernement qui gouverne », moi, Ronchon, chef de file rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité, je m’insurge, notamment ici, en cette quarante-sixième chronique de mon cru. Certes, il ne faut pas croire que la France n’est pas gouvernée. Elle l’est. Mais pas par son gouvernement. D’où cette idée saugrenue selon laquelle, ce n’est pas le gouvernement qui gouverne. En effet, c’est celui qui a nommé le gouvernement qui gouverne. Ce qui m’amène à penser que si nous sommes gouvernés, ce n’est pas notre gouvernement, ce qui me semble être la plus grande absurdité de tous les temps depuis les 18 % de Bayrou en 2007.
Car en effet nos ministres sont tous plus bêtes les uns que les autres, et ils portent tous sur leur tête constitutionnellement couronnée, l’honteuse trace d’une funeste flétrissure ministérielle : la médiocrité. Quelle autre terme utiliser pour qualifier notre Premier ministre, qui nous a fait sa sortie catastrophiste de la semaine, en expliquant avec un sourire narquois et des yeux étrangement rieurs vu les cernes qu’ils surplombent et les sourcils qui les aplatissent, que la France était en clair en situation de faillite ? Déclaration totalement absurde (puisque la France est loin d’être en faillite) et qui en plus n’a pas le moindre sens à la vue des dantesques résolutions qui s’en suivent : un budget déficitaire de quarante milliards d’Euros. De même, autant Fillon est pessimiste, autant son budget est optimiste : Lagarde et Wœrth (surnommé dans le métier Pangloss et Candide) prédisent avec une foie inébranlable que le croissance sera de plus de 2 %, ce qui est naturellement aussi improbable qu’un Bayrou qui réaliserait 18 % aux présidentielles. Tout cela nous ramène aux budgets de feu de Raymond Barre, dernier premier ministre à avoir fait un budget présentable. Mais Raymond dort pour de bon aujourd’hui.
La médiocrité, c’est bien le mot qui servirait aussi à qualifier le ministre de l’immigration blondinet « porte-flingue de Sarkozy », qui, suivant les prompts conseils d’un député prêt à tout pour se faire remarquer, voudrait, comme vous le savez, faire des tests ADN sur les étrangers demandeurs de regroupement familial. Je ne profiterai pas de cette histoire pour clamer mon indignation et le triste souvenir vichyste que cela m’évoque dans le but de rappeler habilement mon passé de résistant, non seulement parce que je ne m’appelle pas Charles Pasqua, et parce qu’ensuite je n’ai jamais été résistant. Par ailleurs, je crois qu’il ne faut pas polémiquer (comme le disent si biens nos dirigeants) et que d’un côté comme de l’autre, on exagère franchement le débat : ceux qui sont Pour, omettent que ça ne concerne pas grand monde et que ce n’est pas très moral de faire des tests ADN sur des gens en donnant les résultats directement à la Police, et ceux qui sont Contre, oublient de dire que ceux qui sont pour ne sont pas forcement des fascistes liberticides pompeusement nostalgiques du four crématoire à l’hitlérienne. En ce qui me concerne, cet amendement étant hors-la-loi (celle de 1993) je ne suis pas pour, d’autant plus que je ne vois pas pourquoi ce qui est bon en matière de filiation pour les français ne le serait pas pour les étrangers, la France étant paraît-il, la « patrie de ceux qui souffre », comme l’a dit Sarkozy le soir de son élection, ce qui, par ailleurs n’a aucun rapport évident avec le reste, mais enfin tout de même. Continuons…
Quel autre terme utiliser pour qualifier ce Jean-Louis Borloo, qui n’en tourne pas une dans son « super ministère », où il dit d’ailleurs ouvertement qu’il a un « poste de merde » et qui a la culot d’écolier de nous fait croire qu’il prépare la plus grande révolution française depuis celle de l’esprit quarante-huitard avec son grenelle de l’environnement, en allant se balader au Pôle Nord avec sa clef USB, où il ira jusqu’à mettre le feu aux panses des Pingouins les plus renfrognés de l’Antarctique ? Je vous le demande. Il n’y en a pas. D’autant plus que considérer que l’écologie, ça consiste à baisser la vitesse sur les routes et à augmenter toutes les taxes susceptibles de faire baisser toutes consommations polluantes, c’est absolument médiocre.
Moi-même, je n’ai pas envie de revenir sur les délits d’initiés de nos détestables amis de chez EADS, ni sur les demandeurs véliplanchistes qui sont de retour dans les rues de Paris, ni sur l’incompréhensible loi sur les heures supplémentaires, ni sur le bien légitime geste de William Leymergie sur son chroniqueur de merde, ni m ême sur l’innommable étrangeté d’une coupe du monde paraît-il Française, et qui pourtant verra la France jouer à Cardiff, et pis surtout contre une équipe qui est de loin jugée comme la meilleure de tous les temps. Sur ceux, je vous laisse avec le duo de choc Fadela Amara et Christine Boutin, en vous disant que quelque soit le niveau de cette chronique, elle sera toujours d'un niveau légèrement plus élevé que celui de notre époque !
Voilà c'est tout pour aujourd'hui, à mercredi prochain, et d'ici là, je vous emmerde !