Zone 51 Pastis

Publié le par Lukaleo

   Dans le flot irrémédiable des informations cathodiques, dans le trouble perpétuel d’un monde sans frein, dans la folle cadence futile et véloce d’un peuple en surchauffe, je tente d’être aussi alangui et figé que le rocher au milieu de la tempête, et je voue au lointain exil qui nous a tous abandonné, un amour immodéré ! Ô, doux silence des mers de brumes, délectable calme des matins coréens, savoureuse quiétude du misanthrope ostracisé, j’en appelle à vous : Solitude du génie ! Car moi, Ronchon, chef de file rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité, qui s’apprête à écrire sa cinquante-et-unième chronique, je languis d’un chagrin engourdi en moi-même, que j’exprime en un râle long et désabusé, car, comme le disait si bien Tony Parker : « Le désespoir est une forme supérieure de la critique  » 

      Mais venons-en au fait, que diantre. J’expire d’un homme, et cet homme dont je meurs, comme vous pouvez le penser, c’est Lui. Il est partout, et cela provoque en moi l’émoi lassé d’un citoyen au bord de l’overdose Sarkozyenne, en plus que secoué de toute part d’une révolte intérieure que mon sang froid ne peut plus contenir. Résumons si vous le voulez-bien, les derniers jours : après un divorce surmédiatisé, une contingente auto-augmentation de salaire pharamineuse, une seconde libération miraculeuse d’individus retenus par des états dictatoriaux, une algarade gréviste inédite dans l’histoire de la cinquième République, une visite lèche-culiste aux Etats-Unis, que va faire encore accomplir notre président ? Car en effet, n’oublions pas une chose, qui me semble être relativement importante : Nicolas Sarkozy est le Président de la République. 

       Or, et c’est là que je deviens aussi blême qu’un ouvrier de chez Ford en 1919 après une journée de travail : il détruit la fonction présidentielle ! D’abord, il est encore en campagne : l’usage immodéré de « communication », la débauche d’énergie effectuée sur les affaires « médiatiques » (et seulement celles-ci), l'emploi dangereux de l’émotion bassement populiste pour expliquer ses choix diplomatiques (comme quand un homme lui dit qu’il n’aurait pas dû aller au Tchad, et que Sarkozy lui répond : « Et si ça avait été votre sœur qui était là-bas ? »), et pour finir sa périlleuse omniprésence, suffisent largement à le prouver ! Sans parler des coups qu’il exécute surabondamment avec plus ou moins de succès, comme l’ouverture, Ingrid Betancourt (souvenez-vous), les infirmières bulgares, et maintenant la ténébreuse affaire de l’arche de Zoé. Tout ça n’est pas présidentiel, tout au plus c’est ministériel. Que l’horizon le plus lointain à Sarkozy soit 2012, et l’élection présidentielle qui aura lieu cette année-là, ça ne l’est pas non plus ! 

       Le président gouverne pour l’avenir, donne un cap, et il ne s’occupe pas de venir régler tous les petits problèmes qui se posent dans la fourmilière française ! De le voir tutoyer un pêcheur mécontent en lui demandant de « répéter un peu pour voir, eh grosse patate », ça ne sert que le président, mais pas la fonction qui lui incombe : Sarkozy, n’est ni député, ni secrétaire d’Etat, ni ministre, ni premier ministre, il est Président et ferait mieux de se comporter comme tel, parce que sinon, comme disait l’autre, « il va au devant de sérieuses déconvenues » Un président recouvre toutes ses déclarations du noble verni de l’histoire, il parle au présent comme à l’avenir, il est le chef de l’Etat que diantre.

        Par ailleurs, sans vouloir aller trop loin non plus dans ma soudaine indignation, je dirai qu’il ne rend pas service à la politique, parce qu’il met dans la tête des gens qu’il est le seul à pouvoir régler les problèmes, C’est comme si la pyramide constitutionnelle s’inversait : le président, au lieu d’être au sommet de la république et par conséquent le plus éloigné du peuple, se trouve maintenant, à force de vouloir paraître proche du peuple et volontariste, à tutoyer la base, tandis que les élus locaux (municipaux et législatifs), semble plus éloignés de la masse : Sarkozy n’est plus à la barre,  il est devenu un matelot hyperactif. Certes cela a des avantages, mais le bateau Le France, divague plus qu’à l’accoutumé, et n’est pas dirigé, à long terme : le nez de Sarkozy à beau être le plus long depuis celui du général de Gaulle, il ne voit pas plus loin que son bout.



Voilà c'est tout pour aujourd'hui, à mercredi prochain, et d'ici là, je vous emmerde !

Publicité

Publié dans Chroniques de Ronchon

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article