Les prétentieux du bal musette
Non, pitié ! Non, je vous en prie, je ne veux pas mourir ! Je veux vivre ! Je veux continuer à gambader dans les camus alpages printaniers que m’offrent les chauds étés du mois de Juin ! Je veux continuer à sentir la chaleur du soleil sur ma peau ! Je veux encore écouter Mozart et lire Céline, je veux encore trouver la réjouissance intellectuelle dans l’inépuisable création humaine : je veux vivre ! Hein…quoi, comment ? Mon heure dernière, ce n’est pas pour maintenant ? Ah bon ? Ah ben alors dans ce cas, moi Ronchon, chef de file rabat joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité, pour la cinquante-deuxième fois consécutive, je vais gloser que diantre sur la triste actualité du monde et d’une de ses petites provinces : la France.
Certes oui, cette petite contrée française est certainement le pays rêvé des grosses feignasses : il apparaît en tous cas que ceux qui y ont été sélectionnés pour conduire les trains, ont subits des concours dont le niveau devait dépasser celui que requiert le poste de directeur de la Banque Mondiale, vu le degré de fainéantise inégalable qu’ont atteint les cheminots français. Je ne sais pas combien d’année ils ont fait, mais question oisiveté, ils ont l’air d’en connaître un rayon, au moins « mention très bien ».
Entendons-nous bien : dire que les types de la SNCF font grève pour la quarantième fois en dix ans, et en plus pour un combat qui consiste à les faire partir plus tôt en retraite que les autres, ce n’est pas être un national-socialiste convaincu. La preuve, je le dis, et je n’en suis pas un pour autant. Mais quand ça pousse un peu trop, il faut le dire. Et là, faire grève, alors qu’ils savent qu’ils ont perdus et que la réforme passera, qu’ils font chier le monde pour protéger un privilège totalement inéquitable et parfaitement injustifiable, c’est tout simplement malvenu. Mais les gens sont habitués. Et puis, ne se mettent-ils pas en grève tous les quatre mois, ces hercules de la coalition, ces supermans de la cessation de travail, ces génies du préavis, ces leaders du mécontentement, ces champions du « Ah bon ? Le mur de Berlin est tombé ? »
De l’habitude ne naît-il pas l’ennui ? Si. Du coup, on s’en branle de ces cons-là et de leur grève inutile : elle nous ennuie. Parlons d’un autre cas, infiniment plus drôle, révoltant, et non pas dénudés d’un certain ridicule juvénile : les estudiantins. Il apparaît sans peine que leur révolte dépouillée de toute sagesse et de toute signification constitue la preuve irréfutable de l’incontestable perdition de la jeunesse. Car en effet, se révolter contre le fait que les garçons ne puissent pas rentrer dans le dortoir des filles, je le comprends, mais qu’on se révolte contre une réforme aussi inconsistante que la pensée théologico-politique de Steevy Boulay, c’est absolument inconcevable. Par ailleurs, cette jeunesse, que l’on ose comparer avec celle de mai-soixante-huit, n’a rien à voir avec les CheGuevaresques grands élans anarchistes pseudo-libertaires de la fin des années soixante : pour la jeunesse actuelle, qui barricade les universités et bloque les gares, il s’agit de ne rien toucher à un état de fait déplorable, qu’elle est pourtant la première à subir et a s’en plaindre légitimement. Mais elle ne veut en aucun cas, changer le monde. Et quand une jeunesse malheureuse n’a même plus l’ambition de changer un peu la face du monde, c’est qu’il y a un souci doublement important.
C’est donc en quelque sorte un cri de désespoir de jeunes qui sont en train de se rendre compte avec stupéfaction de l’absurdité de leur existence nihiliste. Alors, bien sûr, ça fait un choc au début, on se raccroche au bonheur, on dit en chialant comme une gamine de sept ans à qui l’on confisque une sucette goût fraise, qu’on ne veut pas mourir, qu’on veut vivre, qu’on veut continuer à gambader dans les camus alpages printaniers qu’offre les chauds étés du mois de Juin ! Qu’on veut continuer à sentir la chaleur du soleil sur sa peau ! Qu’on veut encore écouter Diams et lire Harry Potter, qu’on veut encore trouver la réjouissance intellectuelle dans l’inépuisable culture G ! Ah les cons !
Voilà c'est tout pour aujourd'hui, à mercredi prochain, et d'ici là, je vous emmerde !