Par ce silence qui crie trop fort

Publié le par Lukaleo

ronchon.jpg

     Comme un rictus d’encens explose mes zygomatiques lorsque l’on m’évoque innocemment le nouveau mai 68, qui exploserait dans la France sous les pavés de ce début de millénaire incertain. Oui, en effet, je me marre doucement, pire : je m’esclaffe bruyamment, moi qui suis pourtant le chef de file rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité, et qui s’en va vous causer en cette cinquante-troisième chronique d’un sujet grave : la grève des cheminots, des étudiants, des avocats, des maîtresses d’école, des pêcheurs, des hôtesses de l’air et du président de la République. 

        Certes, vu sous cet angle, ça pourrait bien nous rappeler mai 68. Cependant, c’est totalement faux, et pour des rasions que je ne vous ferai pas l’affront de constater : d’abord, l’état paraplégique de la France de Julliard et de Bernard Thibault, est moins avancé que celle de Cohn-Bendit. Ayons, bandes de cuistres malpolis, l’honnêteté de le reconnaître. Ensuite, et je me tue à la répéter, ceux qui manifestent et qui cessent le travail, le font, non pas pour changer le monde comme les mai-soixante-huitard, mais pour conserver certains privilèges, où lutter contre des lois. En même temps, on peut comprendre le mécontentement des avocats, qui ne peuvent en effet supporter une réforme aussi maladroite de la part de la garde des sceaux, dont la capacité d’écoute n’a d’égale que la présumé turbulence du jeune François Fillon. Par ailleurs, quand les mecs de la justice foutent la merde, c’est qu’il y a un gros problème. 

        Mais ce n’est pas le cas des cheminots : eux, ils font grève dès qu’ils en ont le plus infime prétexte. C’est dégoûtant. Surtout quand on se plaint d’un horrifiant problème de pouvoir d’achat, et qu’on n’est parallèlement pas sans connaître les désastreuses conséquences salariales que pose une grève. Quand on est pauvre et que son métier consiste à appuyer sur une manivelle, on ne fait pas grève pendant la moitié de l’année, en sachant pertinemment qu’elle ne sera pas rémunéré. Ou alors, si on fait ce douloureux sacrifice, c’est que le jeu en vaut la chandelle : les régimes spéciaux la valent-ils ? Non, c’est certain, quand on vit jusqu’à quatre-vingt ans, que le nombre d’actifs diminue de plus en plus fortement, alors que le nombre de retraités augmente, il n’y a pas d’autres solutions que de cotiser plus longtemps. Ou alors c’est la porte ouverte à n’importe quelle dérive : notamment la retraite par capitalisation, terme gentillet qui veux en fait dire « chacun pour sa pomme ». Et moi, ce n’est pas pour dire, mais qu’elle jouissance de savoir que c’est les jeunes qui payent ma retraite ! 

       Or donc, les cheminots font ce qu’ils savent le mieux faire, et pour une raison aussi pertinente qu’une vanne de Laurent Ruquier. Par ailleurs, laissons de côté les minables estudiantins bloqueurs, dont la perpétuelle révolte n’est pas plus objective que la caducité intellectuelle qui en nimbe la plupart, et qui luttent contre, rappelons-le au passage, une loi dont le contenu est aussi inexistant que l’optimisme dans le Voyage au bout de la nuit. Sur ceux, parlons du plus grand gréviste de France : Sarkozy. Ah ! On ne le voit plus le Speedy Gonzales Elyséen, omniprésent dans les médias, qui parle tous les jours. Heureusement qu’il reçoit un ou deux dictateur en gestation de temps en temps, parce que sinon, on se demanderait presque s’il n’avait pas une migraine grosse comme la Colonne de la Bastille. C’est comme qui dirait une instabilité présidentielle....

                                Voilà c'est tout pour aujourd'hui, à mercredi prochain, et d'ici là, je vous emmerde !

Publicité

Publié dans Chroniques de Ronchon

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article