Qu'il fusse damné

Publié le par Lukaleo

ronchon.jpg

       Le froid recule pour mieux sauter. Tout comme l’acrobate. L’est pas con. Moi non plus. Voyez-vous. Je suis Ronchon : le chef de file rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité. Et j’en suis ici, tenez-vous bien, cuistres et néanmoins lecteurs admiratifs, à ma cinquante-cinquième chronique consécutive, ce n’est pas sans démontrer une certaine touche divine dans ma personne, par ailleurs non dénudée d’un incontestable brio. Comme à mon habitude versaillaise, je vais vous causer des grands évènements de la semaine qui s’est écoulée depuis ma dernière chronique, qui était donc écrite, il ya très exactement sept jours, ce qui est d’une implacable logique cartésienne. 

         Bien sûr, que je vais vous causer de Sarkozy, sinon c’est que mon facteur à un retard de cinq ans dans la livraison de mon journal. Or, ce n’est pas le cas. Et tous les jours depuis 5 ans, je lis quelque chose sur Sarkozy, je le vois sur Internet, et je le regarde à la télé. Comme nous tous. Il était en Algérie. Pour la première fois, on l’a vu plus grand qu’un autre chef d’Etat. Faut dire qu’un peu plus, et Bouteflika était atteint de nanisme. Mais la question n’est pas là. Il y avait polémique : au-delà de l’autre énergumène antisémite, ministre des anciens combattants dans un pays ou 80 % de la population à moins de 25 ans, il y avait bien sûr le problème du « repentir » à propos des décennies de colonisation qu’on avait fait là-bas, dans le temps. Sarkozy l’a martelé : « Non à la repentance ! » Il était donc certain qu’il n’allait pas faire à l’Algérie des excuses à la Willy Brandt. On en pense ce qu’on veut. Il a juste dit ce qui est unanimement reconnu comme étant des lieux communs de bon aloi, comme quoi la colonisation, c’était injuste et inverse aux valeurs de la République. Mais pas de conjurations à genoux. 

          Pour tout dire, je trouve que ce n’est pas complètement con, que les français refusent de s’auto-flageller intellectuellement le soir, sous prétexte qu’il y a cent, soixante ou quarante ans, leurs aïeuls ont fait des conneries. Précisément, parce que ce sont ces vieux cons là qui les ont faite. Pas eux. Peu de gens vivants au moment où la France commençait sa colonisation algérienne le sont encore aujourd’hui. C’est du passé, on y est pou rien nous autres (et par ailleurs la plupart des algériens n’ont jamais vécu la colonisation). Seulement, c’est bancal comme résonnement : parce que sur les moments peu reluisants de notre histoire, on dirait « Attention ! Nous, on y était pas, à Vichy ou chez les Colons ! Alors on ne se repend pas ! » Mais quand il s’agit de moments glorieux, genre les Lumières, 1789, les Droits de l’Homme, épopée napoléonienne, Victor Hugo, 1848, la Résistance, mai 68 ; là, c’est plus la même chansonnette : « Ouais, c’est quand même nous qu’avons inventé la démocratie et l’égalité sociale ! » qu’on dit, tous fiers. Alors qu’on y est pour rien non plus, dans ce que Montesquieu avait écrit. 

         Au fond, de nos deux millénaires d’histoire, du blanc comme du noir, on y est pour rien : la question, du coup, c’est de savoir si on veut avoir une histoire collective en étant tous bien fiers du reluisant et joliment honteux de l’affligent, ou si au contraire on s’en branle de nos ancêtres, et qu’on se fiche autant de la guerre d’Alger que de l’armée des ombres. Sarkozy, l’est comme la plupart des français : il aime son histoire collective quand ça l’arrange, il la relativise quand elle est scandaleuse. 

         Et le plus drôle, c’est qu’il se passe un phénomène similaire avec les relations internationales : commerce avec la Lybie, le Tchad, la Chine, fricotage avec la Russie de Poutine. Il dénonce des dictatures sanguinaires quand c’est bon pour lui, il oubli ce statut d’état totalitaire en gestation quand il faut qu’il fasse du commerce. C’est une sorte de girouette, et pour ainsi dire, absolument, totalement, étrangement : contextuelle !

                                    Voilà c'est tout pour aujourd'hui, à mercredi prochain, et d'ici là, je vous emmerde !

Publicité

Publié dans Chroniques de Ronchon

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
Ce n'est pas con du tout ce que tu dis, ronchon. Malheureusement , peu de gens  possède ces force, ô combien grandes qui sont l'observation et la reflection.Excellent blog, par ailleurs.
Répondre
C
salut inscris toi a ma newletter sur le blog de cristobal si tu t inscris a ma newletter je m inscrirais a la tienne ps : si tu t inscris laisser un commentaire merci a+ sur le blog de cristobal
Répondre