Conte d'un ménestrel aux bras chétifs

Il était une fois dans l’Ouest, dans un royaume déchiré par la guerre, assoiffé par la soif et affamé par la faim, un prince charmant qui se nommait Robert, et que son peuple surnommait Robert Cœur-de-pierre. Tout comme ses sujets, il était affligé d’une grande tristesse, car voila vingt ans qu’il attendait de poindre sur le trône, que son père occupait depuis quatre-vingt-dix ans, le plus long règne de toute l’histoire de l’Humanité. Or, cela faisait trente années que son père était mourrant, mais il ne mourrait toujours pas. Pour ne rien arranger, Robert n’avait toujours pas trouvé l’âme sœur ; et pourtant, du haut de ses un mètre vingt et de ses cent vingt kilos, Robert était fort bien lotis. Avec ses deux grandes oreilles, il avait l’ouïe fine et avec son regard unique en son genre, il avait la capacité, peu commune, de voir ses yeux. Or, comme tout bon suzerain qui se respecte, il se devait d’avoir une femme. Et c’est ici qu’intervient l’élément perturbateur.
Alors qu’il galopait dans l’une des luxuriantes contrés de son royaume céleste à la recherche de champignons non comestibles destinés à son père mourant, Robert tomba nez à nez avec la créature la plus improbable qui soit, un enfant, qui lui tint à peu près ce langage :
« - Salut vieux ! Je vois dans ton regard de braise que tu cherches ta promise et saches que je sais où elle est.
- Mais où est-elle ?! Parles, je t’en conjure, cria Robert
- Elle est à l’abri de tous les regards, dans le château dont le nom ne peut être prononcé en ces lieux maudits. Ce que je peux te dire à son propos, c’est qu’à l’intérieur de ces murs, dort un mal qui ne dort jamais.
- Eh bien, ne perdons pas plus de temps et dis-moi, être juvénile, où se trouve ce château dont tu me parles !? demanda Robert de sa voix fort peu mélodieuse.
- Emprunte cette route où moult dangers t’attendent, mais saches qu’elle mène à son but, et que là-bas se dresse le château dans lequel est placé ta dulcinée. Elle gît dans le plus haute pièce de la plus haute tour du château.
- Super ! Merci ! Que Dieu vous bénisse ! »
Robert, fuyant ce lieu en galopant sur cette sombre route, ne se doutait pas que l’enfant, derrière lui, riait à tue-tête.
Soudain, tandis que Robert pénétrait dans les entrailles de la forêt maudite, une menace se profila à l’horizon. En effet, devant lui se dressait majestueusement, la citadelle qui se relevait dans les cimes du ciel orageux. Autour du château, tournoyaient de sombres corbeaux à la recherche de charognes qu’ils dévoreraient impitoyablement. Ces créatures démoniaques lui rappelaient le sort funeste qui
l’attendait. Prenant son courage à deux mains, Robert entra dans le sombre édifice. Il traversa un long couloir qui le menait dans une cour. Là, se tenait devant lui la plus imposante et la plus haute tour, par sa taille, du château. Robert s’empressa d’ entrer dans la tour mais avant qu’il n’y puisse pénétrer, il vit devant sa sainte personne, sortie tout droit des flammes de l’enfer et des profondeurs terrestres la bête la plus hideuse et le plus effrayante qui fusse : un dragon. Celui-ci poussa un cri furibond qui transperça les cœurs de tout ceux qui l’avaient ouïe. S’élevant vers le ciel, la bête déploya ses ailes majestueuses et disparut dans les brumes écarlates. Robert, soulagé de voir cette chose illégitime de la création divine s’en aller, commença à gravir les marches le menant à son but.
Arrivé à la plus haute pièce de la plus haute tour, Robert découvrit, devant ses yeux qui n’en croyaient pas ses éponymes, un lit majestueux sur lequel était allongé une femme. Il ne discernait pas son visage car elle était recouverte d’une couverture lumineuse. Il pensa qu’il fallait embrasser, comme dans un bon conte qui se respecte, la future reine et sa future femme avant tout afin que celle-ci se réveillât. Cependant, il essaya une autre méthode : « DEBOUT LA VIEILLE ! » Comme si il s’y attendait, sa technique ne fut pas fructueuse ; et pour cause. La princesse dormait encore comme une masse d’un sommeil lourd comme une enclume et elle était toujours recouverte par les légers draps du lit d’une immobilité frappante. Alors, il fit un geste qui resta graver dans sa mémoire : il souleva la
couette brusquement et découvrit le visage de sa dulcinée. La laideur absolue de la chose qu’il vit, n’eu d’égale que le choc qui s’en suivi.
Quelques jours plus tard, notre héros se réveilla tout ankylosé ; il sortait d’un coma profond. Il se leva laborieusement, porta un dernier regard suicidaire sur le visage de ce qui aurait du être sa femme ; de crainte de la réveiller, il se retira discrètement. Il descendit les escaliers puis parvint à la cour qu’il puit traverser sans encombres, le dragon était apparemment plongé dans un coma profond (lui aussi avait du voir le visage de la princesse endormie).
Sur le chemin du retour, la larme à l’œil, le cœur en deuil, Robert rencontra une jeune bergère qui disait avoir entendue des voies et qui s’appelait Jeanne de Pistolet. Ils tombèrent mutuellement amoureux l’un pour l’autre et rentrèrent au château où il se marièrent et où Robert fut sacrer roi ; son vieux de père tenace venant enfin de mourir à l’age de 141 ans. Ils vécurent heureux mais n’eurent pas beaucoup d’enfants à cause de la stérilité de Robert ; c’est pourquoi ils adoptèrent un joli petit enfant, venant tout droit de Mongolie qui mourra trois mois plus tard.

FIN