Double perspective

Ce soir la, tandis qu’une température hivernale se substituait à une atmosphère incandescente, la jeune Jennifer guettait, depuis la fenêtre encore béante de sa chambre éclairée, les lampes casanières qui saturent cette rue dans laquelle le Général De Gaulle, jadis, avait posé les pieds lors d’une visite incongrue dont peu en on l’infime souvenir. Handicapée au niveau du pied gauche et au bras homonyme, Jennifer, quinze ans à peine, provoquait, chez ses parents, un émoi profond qui s’apparentait à une peur papillotante par eux même suscitée. Depuis quelques semaines déjà, les Caillot de leur prénom Philippe et Nathalie, percevaient un changement turlupinant, mais non moins radical, dans le comportement coutumier de leur jeune descendance qu’ils ne considéraient encore comme un être juvénile dépourvu de la moindre invulnérabilité et qu’ils, par ailleurs, encadraient strictement, en la nourrissant intentionnellement ainsi qu’en la logeant affectueusement. La jeune fille, accoutumée au complaisants programmes divertissants télévisuels tels que la Star Académy dont, par parenthèse, elle ne réussissait à avorter la moindre émission, n’entretenait pas moins une passion non dissimulée pour les échanges textuels téléphoniques grâce à ce noble instrument à qui elle tient comme à la prunelle de ses yeux. Jennifer était une fille affectueuse et avait une vie paisible et placide, outre ceci, elle envisageait déjà, avec une certaine retenue, son avenir improbable qui se trouvait être situé dans le secteur intensément passionnant qu’est la communication. Aimant philosopher sur la vie mais aussi sur la mort, elle tenait régulièrement, et ce, de manière ordonnancée, un carnet intime qu’elle exposait librement sur Internet, ce qui en faisait un carnet, comme aimait à le faire agréablement remarquer sa mère, nettement moins intime. Jennifer était reconnaissante à l’égard de ses parents et à ses parents eux même, de cet émouvant physique qu’elle avait si humblement hérité, ce dernier étant fréquemment comparé, par ses géniteurs susnommés, non sans peine, à celui de sa grand-mère maternelle qui collectionnait les timbres et les cancers.
Depuis deux mois environ, les parents de Jennifer décidèrent, à la suite d’une réflexion congénère, alors submergés par leurs labeurs respectifs, de s’autoriser une succincte digression lénifiante que l’on pourrait allègrement comparer à une semaine de vacances méritée dans la mesure où c’est en cela que la comparaison avait lieu de faire référence, qui ne puit être que positive pour toute la petite famille ; d’autant plus que la destination désignée fut celle d’un dérisoire camping situé au bord d’une poétique rivière perdue dans l’un de ces trous dans lequel dort un froid et une quiétude glaciale mais réputé. Aux environs temporels de l’annonce de cette concrète intention, un inopiné acharnement misanthropique de leur courroux insomniaque s’abattit sur Philippe et Nathalie, lorsque, par malheur, leur précieuse fille se foula inopportunément la cheville droite, lors un cours de sport avilissant. Encore et toujours amarrés à leurs activités respectives, Philippe et Nathalie portèrent, néanmoins, une attention toute particulière et tout autant attentive tendant d’ailleurs à l’exacerbation, quant au prompt rétablissement de celle-ci qui ne souffrait, contrairement à ce que pouvait laisser croire ses geignements hyperboliques eux même immobilisés dans une inquiétude propagée non élucidée, que très peu de sa blessure provoquée. Cette éphémère blessure sans gravité en précéda pourtant une seconde peu réjouissante. Croyant se sustenter en absorbant quelques sodas désaltérant, Jennifer, au comble du paroxysme, ingurgitât hâtivement une substance chimique bleuâtre destinée à la désobstruction des chiottes ; mais dans une bouteille dépourvu d’étiquette, rien n’en indiquait le contenu tout autant qu’il soit. Finalement, les conséquences de cette insuffisance lucidité prirent idéalement de faibles proportions étant donné la fugace dose précédemment ingérée par Jennifer ; Philippe et sa conjointe s’en félicitèrent. Quelques semaines passèrent avant que la petite, finalement ragaillardie, par une fin de matinée pré automnale, se fasse malencontreusement renverser par un répugnant chauffard dégénéré doté d’une inconscience sans limites aux plus irrévérencieuses singularités qui s’apparenterait à une mégalomanie irréversible, au volant de son imposante automobile sans permis, à la sortie de son école. Les séquelles qu’avaient provoqué l’accident submergèrent, non seulement, physiquement, la pauvre Jennifer, mais, moralement, sa pauvre mère désespérée, qui n’attendait que la cessation définitive de son activité professionnelle qui devenait de plus en plus embarrassante du fait de la situation, pour la moins critique, de sa fille qui s’ était vue affubler, pour l’occasion, d’un plâtre au bras gauche qui fût, d’ailleurs, le principal tourmenté de cet obscur incident dont Philippe et Nathalie, se seraient bien volontiers passé même si l’être juvénile pu, dès la fin d’après-midi, regagner son domicile conjugal. Par la suite, tandis que cette précieuse semaine de vacances se précisait, les bonnes nouvelles s’accumulaient enfin. En effet, Jennifer allait de mieux en mieux, et si la fatigue qui l’accaparait était immense, suite aux indénombrables péripéties qui l'éreintèrent, sa verve effervescente ne se vit véritablement atténuée.
Mais comble de désolation, la jeune fille, une nouvelle fois non épargnée par la détresse, succombait aux franches langueurs dogmatiques ignominieuses de la mélancolie subalterne, puisque l’écume qu’avait incité la vague destructrice et ravageuse de ses déboires passés ne s'amoindrissait point lorsque, l’adolescente dévêtus au niveau du sol, posa inconsidérément le pied sur un saumâtre clou prépondérant de dix centimètres de haut immobilisé négligemment sur le plancher de sa désormais fétide habitation. Il en était, cependant, trop pour ses parents qui ne pouvaient supporter un tel désastre mortifiant et mortifère qui se métamorphosait en un calvaire panoramique dont les vues ragoûtantes se réfléchissaient en une hideuse réalité qui rejoint éperdument la question de savoir pourquoi tant d’animosité réitérée. Le soir même, Philippe et Nathalie démissionnèrent symboliquement mais provisoirement de leurs propres professions dans le but recherché de changer d’air et de s’élever vers d’autres horizons charnels où l’herbe est verte et les nuages inhibés ; ils voulaient, en d’autres termes, avec leur pauvre fille, se casser de là !
Ce soir là, tandis que régnait une atmosphère dilapidatrice, un calme épistolaire, et que la petite famille allait s’envoler vers une céleste destination dès l’aube, Jennifer guettait encore depuis la fenêtre toujours béante de sa chambre autant éclairée, ces mêmes lampes casanières qui saturaient continuellement cette rue; et sachant pertinemment qu’elle allait rater durant une semaine la Star Académie, et que ses tentatives répétées d‘annuler ces satanées vacances se révélèrent infructueuses, elle sauta.■
