Où est mon Droit de réponse ?

Pour cette première amère intervention de l’année 2007, moi, RONCHON, président venimeux de la répugnance culturelle et de l’écœurement mordant, principal auteur de ritournelles vipérines et d’abruptes récits sans pitié, frondeurs sans repos de la bêtise de ses paires incapables et géniteur biologique des croisades contre le publicitaire commercialisme productiviste que les producteurs véreux font aux arts, et enfin chef de file rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité, j’ai décidé de faire ma septième chronique sur la télévison d’aujourd’hui.
Encore que c’est certainement un peu vaste de dire que je vais critiquer négativement la télévision d’aujourd’hui, celle-ci
étant de plus en plus étendue et diverse. Ce dont je veux vous parler, c’est de la flagornerie hypocrite dans laquelle elle est tombée.
On dit souvent, et je suis le premier à l’exprimer : « qu’est-ce que ce serait bien si des mecs comme Desproges ou Coluche seraient encore là, y en aurait des gens sur qui ils balanceraient des tonnes de vannes ! »
Cette phrase, sous son innocente forme de condoléance sincère, exprime beaucoup de choses. La première, c’est que des cons, encore aujourd’hui, y’en a beaucoup. Y’en a même plus que du temps ou les génies de l’humour provocateurs précédemment cités (et dont j’ai mis des portraits idolâtres au dessus de mon lit) existaient. Problème : ces cons, de plus en plus nombreux donc, se font de moins en moins foutre de leurs gueules, notamment à la télévision. Mais bon sang, où sont donc passer ceux qui osent l’ouvrir ?
Parce qu’on a beau dire ce qu’on veut, mais aujourd’hui, d’abord, les émissions ne sont plus en direct, et de ce fait, on ne peut pas sentir l’atmosphère et le contact que ressentent les invités qui débattent. Avec cette technique cinématographique, qu'est le montage on peut mettre en scène les rapports humains véritables, en coupants par exemple les grossièretés, ou les moments où un des invités s’égarent. Mise en scène qui se retrouve dans les faits et gestes du public, qui applaudit ou hue bêtement, en suivant les indications irréfléchies de chauffeurs de salles stagiaires. Ainsi, le public sifflera un homme politique qui dira un petit truc engagé, et ensuite un autre invité dira « mais ne le sifflez pas, il a raison ! » alors là le public, du tac au tac, va nous faire une standing ovation plébiscitaire.
Le tout bien sûr sous la houlette du CSA, qui veille à ce que tout soit bien aseptisé : pas de cigarettes, pas d’hommes politiques qui parle plus de quinze secondes qu’un autre, pas d’expressions qui pourrait choquer quelques associations communautaristes et sectaires, pas de gros mots, pas de publicité involontaire pour une marque quelconque, bref on a une télé stérile, pucelle, et y en a marre !
Une télé de merde, où dès qu’un blasphémateur irrespectueux va dire à un de ses vendeurs de disques pitoyable tout droit sortit de chez NRJ « je trouve votre disque un rien commercial », le jeune con en question va nous sortir comme si on venait de lui chier sur le gueule, de lui pisser à la raie, et de cracher sur la tombe de sa mère « eh ben puisque c’est comme ça, je m’en vais ». Mais cela reste assez rare, la télé c’est aujourd’hui celle des gants de toilettes où on fait semblant de s’apprécier, de s’échanger des livres, de rire et d’êtres consterné par les images de ses débuts, qu’on voit en fait une fois par semaine, et qu’on fait mine de ne plus se souvenir. Cette télé dont je vous parle, n’est en fait que de la pub 24 heures sur 24 : de la réclame pure et dure, et après une autre annonce déguisée en émission culturelle où un chanteur, un écrivain, ou un cinéaste vient nous faire sa promo.
Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Ne reste-il pas des gens, qui, à l’écart, font une chronique, où ils décident de casser un des invités, en la regardant dans les yeux. Mais la sacralisation qu’on a fait de leurs rôle (ils viennent avec courage, détruisent avec brio quelqu’un, puis repartent avec classe, en n’ayant servit qu’à vilipender leur cible bien légitiment), ne montrent-il pas le caractère exceptionnel de ces humoristes qui disent parfois des choses pour rigoler, dans cette télé de tapette où la vérité est morte, où l’hypocrisie est reine. Ah Coluche, Ah Desproges, mais où êtes-vous ?

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, à mercredi prochain, et d’ici là, je vous emmerde !