Le porc-table

Publié le par Lukaleo

     Les flocons tombent derrière ma fenêtre tandis que moi, Ronchon, vicaire papal de l’animosité constitutionnelle et de l’inappétence parlementaire,  ecclésiastique sans limite de la mauvaise parole et du paradis infernal, pontife respecté de la prière haïssable et du tabernacle féroce,  petit pères des énervé de la société, Abbé Pierre des anticonformistes chevronnés,  et enfin Jésus Christ rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité, j’ai pris la résolution d’écrire sur le portable.

     Vaste sujet me direz-vous, quoi de plus critiquable que cette petite babiole criarde qui donne des cancer du cerveau ? Je vous le demande ? Non, il faut le reconnaître : cette modique merdouille qui enrichie les grandes entreprises irrespectueuses des lois de la concurrence est une vraie saloperie, dont l’inutilité frappante n’a d’égale  que le pénible embarras qu’elle provoque.

     Promenez-vous un instant en milieu urbain, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Et bien vous êtes sur de tomber un moment ou un autre sur un passant utilisant une de ces machines de malheurs en train de beugler à la face du monde de sa voix fort peu mélodieuse les insanités personnelles dont il est le premier acteur malheureux. Alors moi je dis, ce pauvre type qui passe son temps à crier à ses interlocuteurs, et qui le fait dans la rue, pas dans une salle de cinéma ou dans un théâtre, que fait-il de sa pudeur ?

     Pourquoi ne dit-il pas à sa femme qu’il l’aime de tout son cœur en privé, chez lui, bien tranquille ? Mais enfin passons. Je voudrai simplement vous dire que pour moi, ces centaines de mecs qui dans la rue, marchent sans ne jamais voir personne autour d’eux, en répondant seulement à leurs interlocuteurs téléphoniques, ils s’enferment dans leurs bulles, ils s’y enferment et s’y isolent en se coupant du monde, et contrairement à ce que leurs plus nombreuses discussion pourraient laisser imaginer, ils n’améliore pas leurs vies sociales.

     En effet, leurs interlocuteurs n’étant pas des êtres avec une âme, mais un simple son mathématiques, il ne s’agit pas d’une vie sociale, bien au contraire. La preuve irréfutable en est que les jeunes (vous savez ces individus boutonneux coiffés comme des imbéciles et mal fagotés qui adorent tout ce qui à un goût merdique tant sur le plan musical, que télévisuel ou cinématographique) ils ont tous des portables. On peux naturellement se poser la question, puisque dans la mesure où ils ne travaillent pas et que, contrairement à leurs dires, ils sont d’une tendre, et bien compréhensible, dépendance envers les jupons de leurs mères et l’argent de poche de leurs pères, ils n’en ont pas la moindre utilité. Eh bien, ils ont tous des portables tous simplement parce qu’ils ont une étonnante faculté à faire comme les autres et à suivre, en tant que jeunes et insouciantes brebis, le troupeau, lui-même gardé par un berger qui n’est autre qu’un publicitaire. Mais, enfer et damnation, voilà que je m’éloigne du sujet !

 

     En effet les jeunes sont la preuve que les portables ne forgent pas une vie sociale, pire, c’est l’inverse. Rendez-vous dans ces lieux écœurants de bruits et assourdissants d’alcool où les jeunes (et cette fois pour une raison que j’ignore) aiment à danser ridiculement ; eh bien tous, au lieu de discuter entre eux pour savoir comment ils vont sortir de la merde noirs dans laquelle leurs aïeuls les ont foutu, ont tous la tête baissée, les yeux exorbités, et les doigts chatouillants sur le portable, en train de gratouiller fébrilement un message qui, en plus de dénaturer notre ancienne et belle langue, ne veux absolument rien dire, et par la même occasion, isole tous ces jeunes, qui ne se disent presque rien. Il ne faut pas s’étonner si les gens sont nombrilistes dans ce monde égocentrique : chacun à son portable, contenant un répertoire personnel sans évolution, et qui se détourne de sa fonction principale d’appeler tellement celle-ci est dérisoire. Isolement, source de dépense incalculables, moyen de rentrer dans le rang, le portable n’en est pas moins un objet diabolique qui permet d’être suivit, et d’être contacté n’importe quand. Le portable contrairement à ce que ses utilisateurs en disent n’est pas un objet de liberté mais un liberticide.

 

                       Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, à mercredi prochain, et d’ici là, je vous happy slapping ! 

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Publié dans Chroniques de Ronchon

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