Machines pour tromper


Les pions avancent, le premier tour approche, les ennemis s’observent : à une semaine du vote, c’est le calme avant la tempête, et, moi, Ronchon, zinzin zénith zincifère zigouillant les zodiacaux zonards zinjanthropes de la zoophyte zone zygomatique, zoroastrien zoologiste zostère zozotant le zonaux zèle du zeste de zizanie zincifère, zélote zombie zimbabwéen zézayant sur le zinzin zinc zingué zostérien, et enfin chef de file rabat-joie de la lutte contre l’optimisme et la jovialité, j’ai décidé de vous parler aujourd’hui des machines électroniques avec lesquelles certains devront voter.
Certains de mes lecteurs progressistes vont immédiatement penser face à mon mécontentement conservateur que je préfère les bonnes vieilles urnes qui sont propices aux longs et périlleusement peu fiables décomptages des voix. D’autres diront que je suis parano au point de croire que certains auront truquer les machines en question pour faire gagner tel ou tel candidat, d’autres enfin diront de moi, que j’aime le folklore républicain consistant pittoresquement à mettre mon enveloppe dans l’urne sous l’approbation du jury endormi.
Eh bien oui. J’aime mieux, dimanche, aller dans mon école de quartier, passer en regardant les têtes aussi souriantes qu’ambitieuses des candidats, rentrer dans la pièce, saluer le jury, me présenter, montrer ma carte, signer, rentrer dans l’isoloir où seul, je pourrai faire mon choix puis mettre l’enveloppe dans l’urne transparente, avec l’impression citoyenne d’avoir poser ma pierre à l’édifice sans qu’aucune fraude ne soit possible par celui qui, approbateur, aura dit de sa républicaine voix : « A voter ».
Je n’ai pas envie de me déplacer et de faire mon devoir citoyen en allant tripatouiller une machine aussi grotesque qu’inhumaine, en ayant comme unique certitude celle d’avoir appuyé sur un bouton, et non d’avoir voté pour un des douze candidats, alors que c’est de cela qu’il s’agit, ne l’oublions pas.
Cette méthode anti-démocratique a été testée aux Etats-Unis, où le patron de l’entreprise qui fabriquait les machines avait dit « Je ferai tout pour que Bush gagne ». Autant dire qu’il avait fait piper ses puces électroniques détestables, et s’en est suivit la contestable élection de Sarkozy, zut, de George W. Bush. Rappelons que ces logiciels, aussi homologués soit-ils ne peuvent pas être contrôlés, que c’est la porte ouverte à n’importe quelle dérive bananière.
Si je ne pense pas que certain iront jusqu’à berner les électeurs pour gagner, je refuse d’admettre que le moindre suspicion ne plane sur ces élections particulièrement importantes, et qui doivent se faire dans une totale transparence, à l’image des urnes et contrairement aux machines que l’on propose en Hauts-de-Seine.
Et au-delà de cette bien légitime crainte d’une fraude (qui a poussé récemment l’Irlande à abandonner le projet), se trouve en ces ordinateurs ambulants la mort d’une certaine vision du vote, qui à un sens et une symbolique, particulièrement grande dans
Car le tour de table qu’on est obligé de faire et surtout, le fait de s’enfermer dans cet isoloir protecteur, symbolise l’indépendance et le libre arbitre d’électeurs qui face à leurs conscience et, ni observer ni influencer par personnes, peuvent faire leur choix. Des gens sont morts pour que ce cérémonial républicain si strict et équitable existe, et certains se prosternent encore où salue d’un garde à vous majestueux le jury devant lequel ils se présentent, or même les plus mordus d’informatiques ne se prosterneront jamais devant les bêtes hideuses, tas de ferrailles puants que sont ces machines américaines propices aux falsifications électorales les plus dictatoriales.
Il s’agit bien de comprendre qu’elles enlèvent la transparence d’une élection ainsi que ce qu’elle représente pour un peuple, ses symboliques, son sens, le combat qui a mené à son existence, le respect qu’elle inspire, en un mot : son âme.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, à mercredi prochain et d’ici là je vous emmerde !