Des hauts et débat

Publié le par Lukaleo

 

 

     Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi et Dimanche ! Ah Ah ! En plus de montrer que je connais les jours de la semaine sur le bout des doigts, cette énumération remarquable représente avec une académique puissance sensationnaliste le compte à rebours inexorable vers lequel se dirige la cinquième puissance du monde et le peuple fier et fidèle qui vit à l’intérieur de ses frontières sempiternelles.

     Et à moments exceptionnels, chronique exceptionnelle. Ou du moins, à la Page Blanche , rien d’impossible ! Car en effet, comprenez-moi, tentez de votre basse médiocrité sous-jacente de saisir l’effarement effarouché, l’excitation exacerbé, le stimulus préponderant qui sont les miens  devant ce moment dramatiquement tragique, au point cornélien d’en être historique. Comment ne pas être dans un ahurissement prodigieux à la fois jovial et terrifié, empressé et craintif ? Comment faire en sorte que nos cœurs d’observateurs politiques, bien que ce qualificatif soit flatteur pou les vaseux lecteur de bas étage que vous êtes, flanche pas à l’exaltante perspective de vivre l’un de ces moments extraordinaires dont on parle des décennies après qu’ils se soient passés ?

     Le débat ! Oui le débat, qui a lieu aujourd’hui ! Tout à l’heure ! Quel bonheur insondable de voir ces deux êtres humains tournés tout entier à combattre l’autre, préparant peut-être une petite phrase, et jouant en deux heures le fatum grandiose de leur vie future en chiant frénétiquement dans leurs brailles présidentielles ! Quelle joie de regarder avec une concentration inaltérable les destins de deux personnalités qui se dessinent devant nos yeux ébahis par la brillance de l’Histoire en marche ! Quelle joie de respirer devant sa télévision vermoulue, comme des dizaines de millions d’autres de vos tristes concitoyens, en lisant entre les lignes de ces petites phrases anthologiques, cet instant qui n’appartient à aucun de cette Terre, sinon à cette dernière.

     Il y a ce débat, où le futur transcendant de deux caractères charismatiques se décide, mais il y a le notre, car si ce débat est décisif pour le scrutin qui approche, nos mornes vies changeront à jamais comme celle de nos enfants. La France ne  serait pas la même si en 1974, le plus pour longtemps dernier président de la République encore vivant n’aurait pas eu le coup de génie inoubliable que nous avons tous en tête avec une larme à l’œil tellement ce monopole du cœur était limpide.

   Car si ce débat sera inoubliable, il ne le sera pas autant de ce qu’il prépare : le scrutin, le vote, le suffrage, l’élection, le referendum Sarkozy, l’isoloir : bref, Dimanche !  Alors oui je vous le demande, dans l’attente empressée de ce vote et de son résultat, comment ne pas crever d’impatience à l’idée furibonde de vivre cet instant décisif ou en un millième de seconde inoubliable apparaît sur l’écran le nom de celui qui, désigné par un peuple en joie faisant baisser l’abstention pathologique, rentre dans la cour des chefs d’Etat en  emmenant dans son présidentiel sillage le peuple tout entier acquis à sa noble cause ? Comment dormir la nuit sereinement alors que l’on a en tête ce compte à rebours mortel et facétieux, que l’on sait avec une arithmétique précision le nombre de seconde avant d’entendre dans son salon tout dédié à la démocratie : « Le nouveau Président de la République est…. », le tout avant d’apercevoir ce visage pixélisé par le stagiaires tremblotant d’un service public sur le qui-vive et de sentir dans son ventre agité et gargouillant cet effondrement d’émotion, ce tressaillement de l’âme, cette chape de plomb disparaître brusquement, cette impatience citoyenne s’effacer en faisant subrepticement se dresser les poils et humidifié les aisselles ? Je vous le demande !

 

     Ah, je vous le demande, peut-on seulement rester insensible à cette élection exceptionnellement inaccoutumée en tout point en ayant conscience de vivre un moment historique que l’on ne vivra peut-être jamais plus ? Alors oui, je vous le dit mes amis, ne faisons pas les cons ! Restons concentrés, observons, et n’ayons comme seule et unique crainte, celle d’être la victime malchanceuse de la pire des abominations : mourir d’un infarctus avant de savoir le nom du nouveau Président de la République française !

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, à mercredi prochain, et d’ici là, allez voter !

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Publié dans Chroniques de Ronchon

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