Chapitre 16

Publié le par Lukaleo

     Au même instant le Père Fion était en train de faire la première communion de divers adolescents pré-pubères, qui avaient l’air de se demander où ils étaient et ce qu’ils foutaient dans cette vieille église qui se délabrait, et dont l’apparente fragilité des piliers ne rassuraient en rien l’appréhension due à leur entrée imminente dans la maison du Seigneur. Tandis que ceux-ci marchaient à deux à l’heure vers la nef, portant dans leurs mains chétives des cierges dégoulinants de cires ardentes (ce qui faisait toujours son petit effet sur le curé), tous les parents et les grands-parents regardaient ce religieux spectacle avec une douceur dans le regard, une larme à l’œil, une grosse fatigue pour les quelques malchanceux qui étaient lmdq-16-bis.JPGdebout et surtout une sorte de crainte inexplicable au dessus de la tête.

 

     Patrick, couché dans son canapé ne se doutait en rien de ce qui se passait dans l’église. Il ne pleurait pas, mais il aurait presque bien aimé, peut-être pour s’attirer la pitié d’un quelconque spectateur ou alors parce que c’est ce qu’aurait fait n’importe quel père et mari quand il vient de perdre sa femme et son gosse. Mais Patrick était un anti-conformiste, même s’il avait du mal à assumer sa différence, son anomalie.

 

     Il se leva tout d’un coup, avec la démarche d’un homme qui se réveille après une nuit de plus de douze heures, elle-même précédée d’une beuverie mémorable.  Il se dirigea vers le piteux tas de briques qui surplombait une des étagères où il entassait ses bandes dessinées. Regardant ce désastre culturel avec le regard d’un fils qui regarde une dernière fois le cercueil de son père, il remarqua au moment où il s’y attendait les moins  une sorte de petit gadget noir. Se baissant, en pliant le dos et non pas les genoux comme il aurait du le faire, il ramassa cette modique babiole.      

 

     Sans qu’il ne pu vraiment expliquer pourquoi, le Père Fion eu tout d’un coup une sorte de froid dans le dos. Il approchait pourtant du moment qu’il préférait, celui où il allait boire du vin de messe (qu’il avait astucieusement remplacer auparavant par un bon Côtes-du-rhône). Toutes les personnes qui se trouvaient dans l’édifice ressentir la même chose, une sorte de tressaillement de l’âme inexplicable, une peur féroce apparaissant en sursaut au milieu de la calme mansuétude de l’église.

 

     Mais le Père Fion n’était pas de ceux qui se laissait déconcentrer par n’importe quel petit incident, ce qui n’était pas le cas de tout le monde, pensait-il, en voyant certains impies sortir et aller se balader dans la place.

 

     Une fois redressé, et même le dos légèrement mis en arrière, Patrick observa les sourcils froncées l’insignifiante frivolité qu’il avait trouvé par terre et qui semblait avoir été caché à l’intérieur du mur entre trois chantignoles. En tournant dans tous les sens cet objet, il découvrit un clapet, qu’il ouvrit d’un geste du pouce.

 

     De ses deux mains, le Père Fion leva son verre vers le ciel en prononçant les phrases de circonstances lmdq-16.JPGqui m’échappent, et voyant le plafond de l’église, une peur bleue le saisi, tellement celui-ci semblait être une menace prête à bondir d’un instant à l’autre. Le pauvre curé ressentait alors un effroi incontrôlable. Mais que Diable se passait-il ? Pourquoi cette voûte était-elle aussi terrifiante ? Etaient-ce  les anges, ou même Dieu, va savoir, qui venait rendre visite à l’un de ses fidèles ? Ou peut-être étaient-ce les prémices de l’apocalypse ?...

 

    Après avoir exécuté ce geste en apparence sans importance, Patrick découvrit un bouton sur lequel il fallait certainement appuyé. Mais il ressentit une certaine crainte à l’idée d’une pression la dessus, et tenant dans les mains cette petite saloperie il jeta un regard sans importance sur le clocher de l’église.

 

     A l’intérieur, le Père Fion paniquait, quelque chose allait se passer très bientôt, quelque chose de grave et dont la jurisprudence aurait des répercussions fatales, peut-être jusqu’au Vatican ! Des gouttes de sueur coulaient sur son front fiévreux de terreur. Voilà maintenant une minute qu’il tenait le verre en l’air, en fixant avec concentration le plafond, sous le regard dubitatif de ses ouailles idolâtres, qui, même s’elles n’avaient pas la peur au ventre de leur maître, sentaient tout de même que quelque chose d’anormal survenait.

 

     Malgré qu’une partie de lui-même lui ordonnait de ne pas appuyer sur ce petit bouton, une monstrueuse  curiosité obligeait presque Patrick à faire ce geste. Son pouce, placé juste avant le bouton ne demandait que cela, et il était prêt à se plier pour actionner et enfoncer avec violence et rapidité celui-ci. Mais un pressentiment l’empêchait de le faire, et alors que cette intuition devenait de moins en moins forte en lui, Patrick fermant les yeux et faisant une grimace de douleur, appuya, en forçant presque, sur le bouton.

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Publié dans Le mémorial de quand

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