Chapitre 18
Se relevant, il repartit de plus belle, avec sa démarche toujours aussi particulière, et dont le ridicule était aggravé par la blessure que sa chute avait provoquée. Bien que sa visibilité était fortement altérée par le gros nuage, il voyait par terre d’énormes blocs de marbres, des poutres calcinées et des bouts de
vitraux, qui avaient tous été projeté par l’explosion. Ce spectacle de destruction créatrice et de désolation matérielle choqua profondément Patrick, dont le sentiment de culpabilité était alourdi devant ce déplorable chaos. Les corps en charpies qui jonchaient la place, maculant de sang le noble endroit (et sur lesquels nous ne nous attarderons pas) gênaient considérablement le course de Patrick, qui était obligé de faire de grands détours pour les éviter, ceux-ci préférant gémir minablement des insanités pathétiques plutôt que de faire l’effort citoyen de bien vouloir se ranger.
Un peu de respect, que Diable ! pensait notre ami, qui rentrait au même instant contre quelqu’un, vraisemblablement plus lourd et fort que lui et qui hurla :
- Quel est le con qui me rentre dedans ?
- C’est Patrick Bijote, là…Hum, hum, répondit notre ami, gêné.
- Ah ! Justement, je vous cherchais espèce de salopard !
- Et pourquoi, là ?
-Arrêter de prendre les gens pour des cons, mon ami. Je pense que votre petit jeu a assez duré, vous ne croyez pas ?
Patrick ne répondit pas, de toutes façons, il ne comprenait rien.
-Voyez-vous quand vous êtes arrivé dans mon village, vous m’avez donné une grosse somme d’argent, et en même temps vous m’avez tendu ce dossier, que je n’ai pas ouvert.
Patrick, toujours dans l’incompréhension la plus totale, écoutait ces paroles avec la plus vive attention, tout en regardant ce dossier.
C’était dur, angoissant et excitant à la fois pour Patrick d’écouter ce que lui disait le maire, car il avait de plus en plus peur de ce qu’il allait lui exprimer.
- Et aujourd’hui, continuait Colcardouille avec un air sérieux et consterné, il y l’église qui saute. Je pense que maintenant, vous l’avez donnée votre signal, monsieur Bijote. Et il est donc de mon devoir que de vous donner ce dossier. Vous en ferez ce que bon vous semble, mais je vous demanderai une dernière faveur.
Il prit une allure digne, avant de rajouter :
- J’aimerai que vous partiez de mon village, et que vous me laissiez, moi et les habitants, seuls et sereins, comme avant. Vous avez donnez à Boën une image de banlieue parisienne où l’on fait brûler les lieux de culte et où on s’entretue. Mais je vous le dis, ici, on n’est pas dans le Bronx ! cria-t-il, rageur, avant de reprendre tristement. Je vous en prie, partez. Partez qu’on en finisse, s’il vous plaît, vous ne faites que du mal à ma commune alors allez vous s’en !
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