Chapitre 20

Publié le par Lukaleo

     A peine les premières images de cette satire comique sur la société de consommation commencèrent que Patrick l’a vit. C’était bien elle. Celle qu’il aimait, celle pour qui il s’était saigné aux quatre veines, celle dont il avait assisté à la naissance avec la peur au ventre et celle pour qui il aurait été capable de faire n’importe quoi. Elle, c’était sa fille aînée, Maud. Et elle l’avait trahi terriblement, déçu profondément, et pour le coup, pas fait rire du tout.

 

     Celle qui devait faire des études, dans l’art, à Saint-Étienne, celle qui, parait-il, travaillait jour et nuit lmdq-20-bis.JPGsur un soi-disant chef-d’œuvre picturale, et qui se retrouvait à jouer dans une émission aussi drôle qu’une blague d’Alain Juppé, et qui pour le coup, était produite par ces foutus boches, les mêmes qui avait tué les enfants de Boën dont les noms étaient gravé sur le monument aux morts, à côté de l’église ; lui avait mentit.

     A un moment bien sûr, il commença à se demander ce qu’elle pouvait bien foutre les seins à l’air en train de parler espagnol, au milieu de grands noirs en caleçons multi couleurs qui dansaient seuls une valse de Vienne, le tout au milieu d’une plaine violette où couraient sur une patte avec des cravates des éléphants roses, enlacés en même temps par des chèvres qui…enfin bref, dans ce programme de ARTE, qui pour le coup ne plaisait absolument pas à notre téléspectateur.

      Avant même de pouvoir ce poser la moindre question sur le sens de cet étrange fait, il couru dans sa voiture et il partit à Saint-Étienne, où il croyait jusqu’alors que sa fille faisait des études, dans l’art. Ne prenant même pas le temps d’ouvrir la porte de son garage, il la défonça avec son véhicule Citroën vert, qui pour le coup, ne lui appartenait pas, puisque c’était une voiture de location (bien qu’il faisait croire à ses voisins qu’elle lui appartenait vraiment). Sans le savoir, Patrick donnait alors le signal d’une aventure infernale.    

    

    lmdq-20.JPG Arrivé dans la mégalopole inhumaine de Saint-Étienne, il chercha plusieurs minutes la rue où logeait sa fille. Après l’avoir trouvé, il fallait encore qu’il trouve une place où se garer ce qui n’était pas chose fort simple dans cette ville où les places sont aussi rares que les éditeurs de bandes dessinées sympathiques. Mais à bout de persévérance et d’acharnement, il trouva enfin un endroit sur lequel il se gara dans un créneau très approximatif. Il se trouvait alors à quelques centaines de mètres de l’immeuble étudiant où résidait sa fille. 

     Pendant qu’il marchait il pensait que cela faisait plusieurs mois qu’il ne l’avait pas vu. Il avait bien parlé à sa femme Stéphanie de l’inviter un dimanche après-midi, ou même de passer chez elle à l’improviste, mais son épouse n’avait jamais accepté. A vrai dire, sa fille lui manquait. Il contait beaucoup sur elle, et de plus, il croyait en elle pour réussir ses études, dans l’art. 

     Bien sûr, sa rencontre télévisuelle de tout à l’heure l’avait un peu déconcerté. Mais qu’est-ce qu’elle pouvait bien foutre là ? Il voulait absolument parler au « fruit de ses entrailles », comme il disait, pour répondre aux questions qu’ils se posaient en ce moment précis, mais aussi et surtout parce que sa famille lui manquait, et qu’il avait un besoin profond à la voir. Arrivé au bon numéro, il regarda dans les noms de l’interphone, et bizarrement, le nom de Bijote ne s’y trouvait pas. Heureusement, la porte était ouverte, et il put renter dans le hall de l’immeuble. Il y avait longtemps qu’il n’avait pas mis les pieds ici, mais il se souvenait très bien des quatre étages sans ascenseur qu’il fallait se taper, pour arriver au dernier, là où était sa fille. 

     Marches après marches, notre ami escalada ces colimaçons épuisants, tandis que sa fatigue grandissait et que son appréhension devenait absolument intolérable. Mais enfin depuis combien de temps ne l’ai-je pas vu ? Voilà l’une des questions qu’il se posait tandis qu’il songeait qu’elle devait avoir changé. Maintenant c’était une femme, plus une adolescente acnéique. Le problème, c’était qu’il ne l’avait encore jamais vu adulte.

    

     Il arriva au dernier suffoquant et en sueur, et il trouva deux portes. En regardant la première, il eut la désagréable impression d’être observé par une personne se trouvant derrière, et qui se servait traîtreusement avec un malin plaisir de spectatrice de télé-réalité, du judas.

     -Une vieille peau qui ne sait pas quoi foutre de ses journées, pensa-t-il, amusé et à la fois consterné.
 

    Puis, il regarda l’autre porte, en face. Sur celle-ci, était noté le plus simplement du monde sur un bout de papier collé à la va-vite avec du scotch le nom de Bijote. Patrick, qui ne pétait déjà pas la forme, fut atrocement touché par ce crachat que sa fille faisait à sa famille. Mais il se reprit et sonna à la porte. Quelques secondes plus tard, il entendait des pas venir en direction de la porte. Sans le savoir, Patrick donnait alors le signal d’une aventure infernale.
Publicité

Publié dans Le mémorial de quand

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article