Chapitre 21
La porte s’ouvrit, doucement. Quand elle fut totalement ouverte, il vu sa fille. Ils ne se dirent rien, et cette entrevue silencieuse ne dura que quelques secondes, pendant lesquelles elle comprit que son père était mal en point, tandis que lui se rendit compte de l’éclat de sa progéniture, mais aussi de sa petitesse relative. Ils n’eurent pas à se dire des mots pour se comprendre, car depuis toujours, une complicité fusionnelle existait entre le père et la fille, qui leur permettait dans les grands moments et dans les pires crises, d’avoir une discussion sans ouvrir la bouche. Alors, elle lui demanda avec ses yeux marron écarquillés :
-Ca ne va pas, papa ?
Il répondit, en clignant de l’œil :
-Pas vraiment ma chérie j’avais un besoin viscéral de te voir.
En clignant de l’œil gauche qu’elle levait en l’air, et en fermant à moitié l’autre, elle lui fit comprendre un très barbiturique :
-Entre, tu es le bienvenu, papa.
Lui, en fronçant le sourcil gauche et en écartant le second tout en louchant des yeux avec le gauche en bas et le droit en haut en direction du nez, sans oublier de mettre une cernes plus haute que l’autre, le tout en essayant de les faire sortir de leurs orbites respectifs, répondit :
-D’accord.
Alors, ils rentrèrent à l’intérieur. Tout de suite, Maud s’assit sur son canapé vert, et elle regarda son père toujours debout, en mettant une de ses mains à côté d’elle pour lui demander de s’asseoir. Patrick était très étonné, car il avait le vague souvenir d’une attente solitaire chronique quand il venait chez elle, car à chaque fois, elle partait dans sa cuisine chercher à boire tandis que ses invités attendaient sur le même canapé. Là, les boissons étaient déjà prêtes. Il y avait un verre et une bouteille de Vodka. Il sentit tout de suite une atmosphère d’une lourdeur accablante.
-Je t’attendais, papa, finit-elle par dire, en articulant correctement, pour bien se faire comprendre.
-Tu savais que je viendrai ? répondit-il, d’un ton doucereux et attentionné.
-Tu m’avais dis que tu viendrai le jour de la diffusion de mon film…
-Une sacrée merde, je peux te le dire ! cria-t-il.
-Tu as trouvé ?
-C’est bien simple, je me suis tellement fais chier que je n’ai même pas attendu le bout !
-C’est dommage, tu vas devoir te taper la fin.
Et là, sans prendre le temps d’écouter la réponse de son père, elle prit sa télécommande, et ralluma son poste, encore en veille. C’était sur ARTE qu’elle zappa. Le programme contre la société capitaliste continuait, et Maud jouait dans cette scène. Elle était seule, sur un plan large de très mauvais goût, est comme d’habitude, il ne se passait rien.
-C’est toi ? demanda Patrick qui faisait semblant de ne pas savoir.
Sa fille ne répondit rien, sans faire semblait cette fois-ci, car sa réponse était télévisuelle, et dans la petite lucarne, le personnage qu’elle interprétait dans le film se mit à parler :
-Papa… Papa. Papa ! PAPA ! criait-elle à tue-tête. Patrick regardait ce spectacle sans comprendre. Sa fille était à côté de lui dans la même pièce et sur le même canapé, pourquoi était-ce l’actrice qui lui adressait la parole à travers cette télé ?
-Tu dois comprendre, il faut que tu comprennes mon père adoré.
Patrick oubliait sa vraie fille et regarda celle qui était dans l’émission. Il s’approchait de plus en plus, et bien que cela fasse mal aux yeux, il était à présent à moins d’un mètre de l’écran, fasciné par ce que cette actrice (qui n’était autre que sa fille) lui monologuait.
-Mon père, je dois vous dire que je vous aime…
Patrick détourna son regard de la télé et regarda sa fille en vraie, celle-ci commençait à verser une petite larme. Mais la vraie ne disait rien. Alors, il regarda de nouveau celle de la télé, maquillée à outrance, mais dont on reconnaissait le petit nez en trompette, les cheveux long et bruns et le visage d’ange. Cette seconde fille mis ses seins à l’air comme dans toutes production d’art et d’essaie qui se respecte, et elle continua :
-Mais surtout vous devez comprendre que je ne suis pas celle que vous croyez. Et surtout que vous n’êtes pas celui que vous pensez être…
Encore une fois les questions ne cessait de se multiplier dans la tête de notre héros. Il se retournait, Maud secouait la tête, en larme. Celle de la télé hurlait à présent :
-Je ne suis pas votre fille ! Père, pardonnez-moi, pardonnez-vous !
-Quoi ? Patrick se relava, et renversa la télé de toutes ses forces, puis s’approcha de Maud en levant la main sur elle. Je ne suis pas ta fille ? Enfin, tu n’es pas ma fille ?
Et là la vraie de répondre :
-Non ! Je suis une actrice ! Une actrice ! Tu comprends ! répondit-elle en hurlant de manière fort aiguë, se bouchant les oreille des deux mains.
Dans sa rage et son désespoir, il ne répondit rien, en larme, désemparé d’incompréhension et de tristesse. Il tomba sur les genoux, les yeux fermés comme pour s’empêcher de pleurer.
-Ils m’ont payé tu comprends, finit-elle par dire, en caressant les cheveux de Patrick, avant d’ajouter : tu sais, Patrick…
-Non, ne m’appelle pas Patrick ! Je suis ton père ! Tu me dois la vie, tu me dois tout ! Tu n’est pas une actrice inconnue, mais ma fille et tu fais des études, dans l’art !
A cette boutade, il s’arrêta, puis il tomba dans les bras de Maud, qui sourit, et qui dit remplit d’amour :
-C’est normal que tu ne comprennes pas. Tu ne sais pas encore assez de chose. Mais un jour, tout va s’éclaircir dans ton esprit, et la vérité parviendra dans ton cœur.
-Maud, Maud, chuchotait Patrick dans les bras de celle qu’il prenait toujours pour sa fille.
-Tu es un homme bon au fond de toi-même. Le destin sera dur, mais il t’aidera à trouver la réponse aux questions que tu te poses, continuait-elle, non sans une pointe de lyrisme romantique.
-Maud, Maud, continuait Patrick, dans une tendresse à la fois paternelle et infantile.
-Dans mon cœur, tu seras toujours un père, Patrick. Même chose pour Loïc, et je crois que tu seras toujours un mari aimant pour Stéphanie.
Patrick s’était tue. Le souvenir de ses deux autres êtres qui lui avaient été si chers l’avait troublé.
-Allez Patrick, je suis avec toi. Tu comprendras tout, bientôt. N’oublie jamais ce que nous venons de vivre.
Patrick s’enleva des cheveux doux et au parfum d’une mère aimante, et il dit :
-Je ne sais pas qui tu es Maud. Mais saches que… je t’aime.
Sans attendre de réactions, il sortit de cette appartement, bien décidé à comprendre le tournant que son existence venait de prendre. Sans le savoir, Patrick donnait alors le signal d’une aventure infernale.