Chapitre 24
Pendant un quart d’heure, Patrick réfléchit. Quel était donc encore ce malingre racoleur qui voulait savoir un code ? Patrick sentait qu’il sa cachait là-dessous quelque chose de sérieux et qu’il ne fallait pas faire l’imbécile. Pourtant, il ne voulait en aucuns cas donner n’importe quel code. Et puis d’abord, lequel aurait-il pu donner ? Ce moustachu, il devait avoir de l’argent. Ce n’était certainement pas une simple arnaque dont Patrick subissait la querelleuse animosité, et elle le laissait songeur.
Alors, pensant à cette claque atomique, à ce miroir sans teint, à ces cordes qui l’attachaient sur cette chaise, Patrick ressentit soudainement une peur, une crainte, une angoisse subite. Il avait alors l’impression de voir les murs gris et froids de cette pièce sans âme se refermer sur lui, en s’approchant dans l’idée de l’écraser. Alors que ce vertige claustrophobe devenait intolérable, Philibert rentra de nouveau dans la pièce, et les murs se remirent à leurs places. Il s’assit de nouveau dans la seconde chaise, et il regarda encore une fois Patrick dans les yeux. Il y avait du défi dans ce regard céruléen d’une inhabituelle pureté. Patrick baissa les yeux et dit doucement :
- Je ne sais pas de quel code vous me parlez.
- C’est bien ce je pensais. Mais tu sais, je te connais. Je connais toute ta vie. Bien sûr il y a des zones sombres. Il y a même des choses que je ne sais pas. Sur certains aspects, je me trompe peut-être. Mais je ne compte pas sur toi pour m’éclaircir. Ton comportement actuel et celui que tu as eu par le passé suffisent à prouver que tu as du caractère.
Un silence. Philibert reprit :
- Moi-même, je crois que j’ai du caractère. Je pense que si tu t’obstines à ne rien me dire, tu pourras t’en rendre compte, bientôt.
Philibert se faisait de plus en plus menaçant.
- Je ne parle pas de rire avec toi. Les services secrets français font plus d’interrogatoires qu’on le pense. Et la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, il y a longtemps qu’on les a mis dans les chiottes, si tu vois ce que je veux dire, Patrick.
Mais enfin de quoi voulait-il donc parler. Se cachait-il de la torture là dessous ? Pris d’une panique terrifiante, Patrick, les mains attachées contre la chaise, le cœur palpitant d’inquiétude, le front mouillés de sueurs froides ne savait quoi répondre. Il voulait partir, ôter ce Philibert de sa mémoire. Tout gommer. Revenir comme s’était avant. Oublier.
-Patrick ! Cesses de jouer ton petit rôle de cinéma. Tu connais ce code, et tu sais autant qui je suis que je sais qui tu es. Alors cesses de me faire croire que tu souffres et dis le moi !
-Mais je ne sais pas ! cria Patrick. Dites-moi au moins de quel code il s’agit !
-Oh ! Patrick par pitié ! N’essayes pas de me faire croire que tu n’es pas au courant de ce que je veux. Je vais te dire un truc, des mecs comme toi, j’en ai connu, mais alors des tas. Mais jamais un seul n’a commis les crimes dont tu t’es rendu coupable. Alors voilà. J’ai les moyens de te faire parler. Ce n’est pas la peine de me cacher ton savoir plus longtemps.
Un apaisement. Patrick ne sachant que répondre se contentait d’écouter tandis que ses yeux dubitatifs semblaient sortir de leurs orbites.
-La France, et par ailleurs le monde entier veux ton code. Et je suis pose que tu sais pourquoi. Alors voilà ce que je te propose. Si tu nous dis ton code, on te libère et tous tes crimes et toutes tes accusations seront effacés. Tu n’es pas sans savoir que c’est une chance. Parce que n’importe quel pays t’accuseraient à la perpétuité ou la peine capital pour ce que tu as fait.
Devant de telles insinuations, et dans la plus total inaptitude à saisir un seul mot de ce que l’on lui disait, Patrick fit une réflexion qui tomba sous le sens :
-Je crois bien que vous vous êtes trompés de personne.
-Ah Ah ! Patrick ! Voilà qui est fort bien essayé ! Décidément tu es vraiment un gars épatent, tu connais toutes les combines. Mais tu penses vraiment que je vais culpabiliser en me demandant si je suis bien en train de torturer à mort la bonne personne ? Et ben je vais te dire Patrick, je vais être deux fois plus méchant.
Pas de réponses d’un interlocuteur dont la blancheur bleuâtres faisait peur à voir.
-Mais enfin dis le moi ce code ! Merde ! T’as envie de tout voir péter, c’est ça hein ?
La tête de Patrick se baisse, son dos se courbe.
-Je suis en train de me demander à qui vous parlez.
Un visage interloqué de la part de Philibert, qui en face baisse aussi la tête pour suivre le regard de son locuteur.
-A qui est-ce que je parle ? Mais enfin je m’adresse à Patrick Ballet, répondit Philibert qui se levait tel un titan enragé de dégoût et de haine. Un homme qui a vendu des armes à des dictateurs africains, un homme qui a aidé Saddam Hussein a faire ses conneries, un homme qui a assassinés des dizaines de personnes pour son commerce de fines herbes, un homme qui a fait de choses d’une telle atrocité que même moi, qui dans ma longue vie a tout vu, je n’ose dire, car tes immondices pestilentielles me soulèvent le cœur, tandis que d’autres sont passées sous silence et que personne dans l’humanité n’en saura jamais rien, ce qui soit dit entre toi et moi n’est pas plus mal, tellement ça ferait comprendre au yeux du monde et a tous ces cons de philosophes que non, les hommes ne sont pas foncièrement bon, et que non, la beauté n’existe pas en ce bat monde, et que tu en est la preuve vivante Patrick ! Voilà quoi tu es !