Chapitre 25
Après ce monologue fort intéressent qui en plus de monter le formidable vocabulaire de notre ami moustachu, prouve, et ce n’est pas rien car l’histoire de l’humanité pourrait fort bien laisser imaginer le contraire, que les hommes sont des traînés, et que Patrick, lui, est une sous-merde ; on pourra remarquez que ce n’est pas avec de telles paroles que Philibert pourrait décrocher un simple sourire ni d’un dépressif pitoyable, ni même de celui dont nous suivons les consternantes aventures depuis le début de ce roman. Mais enfin que diable !
Trois gouttes de sueurs. L’une sur le front de Philibert, une autre sur le front de Patrick (et c’est la plus grosse) et enfin une troisième sur le front de l’homme qui se trouve derrière la vitre, qui vient de terminer sa cigarette, et qui se dit qu’on ferait bien d’enlever la climatisation parce qu’il fait une chaleur à mourir ici, nom de Dieu.
Philibert, debout, les épaules baissés avait l’allure d’un homme qui venait d’exprimer ce qu’il avait à dire lors d’un repas de famille devant sa belle-mère. Il venait de vider son sac, et il semblait soulager de s’être ainsi libéré de ses remords et de son opinion depuis trop longtemps dissimulée.
Patrick, lui, vivait assez mal ce discours. Il faisait un mouvement de vas et viens avec sa crâne. Il avait l’impression d’être souillé par un viol de la part de Philibert qui avait dit une abjecte saloperie à son sujet. Tandis que sa force disparaissait, sa tristesse déplaisante, son malheur béotien et sa haine inassouvie grandissaient. Il aurait dit avoir ramassé en pleine gueule le crachat infâme d’un gueux puant de malveillance. Humilié, maculé, sali au plus profond de lui-même, il étouffait, noyé dans les infectes fèces littéraires qu’il venait de purger à l’issu de son plein gré et il ne voulait qu’une chose : qu’on le laisse tranquille.
Mais le calvaire ne faisait que commencer. Philibert se retourna, et cria de sa voix roque et cassée, pleine de glaires infâmes qui s’écrasaient piteusement dans le visage retourné de son ennemi, après s’être extirpées laborieusement d’une haleine cruelle :
- Donnes moi ce code, ou je te tabasse !
- Mais puisque je vous dis que je ne le connais pas votre code, foutez-moi la paix !
Pas une seconde de répit ne se passa avant que Patrick ne voit un poing fermé foncer devant lui, avant de percuter dans un fracas Wagnérien le bas de son front, qui s’ensanglanta, tandis que sa chaise bascula à la renverse, que l’arrière de son crâne ne rencontra dans une affreuse douleur le mur, et que son dos suinta hargneusement vers le sol poussiéreux. A peine fut-il écrasé que Philibert se jeta sur son torse comme on se jette sur un trampoline, puis dans une rage rarement vécu, il prit de la main gauche le col de la chemise de Patrick, tandis il enchaînait avec une rapidité virtuose les coups de poings de la main droite, une fois d’un côté de la tête, une fois de l’autre.
Du sans giclait de toute part, alors qu’au dessus de cette abomination de bruits charcutiers et guerriers, on pouvaient entendre un mot qui se détachait des autres et qui résumait la situation d’un Patrick étouffant devant tant de haine et surtout parce que Philibert serrait fortement le gorge de son gilet : Code.