Chapitre 26

Publié le par Lukaleo

     Alors que la personne mystérieuse regardait avec un certain dégoût physique nuancé d’une bien compréhensible révolte philosophique le spectacle hémoglobinique qui se  jouait devant elle, Philibert avait dans les yeux qui fixaient ceux de Patrick, une lueur, une étincelle. Il jubilait de frapper odieusement la tête de cet homme. Cela se voyait donc dans son regard, mais aussi et surtout, ce sentiment grandissait au fur et à mesure que le sang de sa proie sans défense giclait sur sa face. Là, il commençait à sourire. 

     Un sourire vicieux et  presque sadique d’où sortait un rire, un cri, une abomination phonétique pleine de bave sanglante et suante, une haine profonde se lisait dans cette figure d’enfant qui semblait être celui d’un bambin perturbé arrachant une à unes les pattes d’une innocente et pour le moins malchanceuse lmdq-26.JPGsauterelle. Philibert semblait entrer dans une transe incontrôlable, encouragée par les coups périlleux qu’il donnait en cadence depuis cinq bonnes minutes maintenant. 

     Puis, son coït étant assouvi, son visage se remit en ordre, et ses frappes ralentir leurs tempo, ainsi que les percussions osseuses qu’elles provoquaient, doublées des cris de son envoyeur et de son destinataire. Cette symphonie pleine de bruit et de fureur ainsi terminée, Philibert retourna sur sa chaise, et alluma une cigarette.

     Patrick n’était pas inconscient, mais c’était tout comme. Il ne voyait plus rien. N’entendait plus rien à part un sifflement fort aigu. Il se sentait en train de se baigner dans son propre sang, et un froid glacial l’envahissait.
     -Le froid de la mort, pensait-il tristement, mais soulagé.

     Il se demanda si on avait plus froid en agonisant à petits feux dans son propre sang, où en brûlant vif à cause d’un lance-flamme.

     -Alors Patrick, hurla tel un baryton Philibert qui venait d’enlever sa veste et de desserrer sa cravate, tu vas me le donnez ce putain de code ?

       Naturellement Patrick ne pouvait plus prononcer un seul mot, il sentait chacune de ses dents sortir de sa gencive mutilée. Mais prit dans sa folie meurtrière, Philibert se leva, et demandant encore une fois le fameux code. N’attendant même pas la réponse de notre ami (qui de toutes façons ne pouvait plus parler et nous avons vu pourquoi), il donna un coup de pied tout à fait phénoménal dans le ventre de Patrick qui par automatisme, poussa un cri précédé d’un soufflement robuste, qui provoqua l’expectoration magistrale et lointaine d’une grande giclée de sang, agrémenter de quelque dents, qui macula de sang le mur ainsi que le sol.   

     -Le salaud ! Il m’en a mis partout, cria Philibert, qui, il est vrai en reçu sur son pantalon gris et humecté. La personne derrière la vitre ne put alors s’empêcher de glousser. 

     Exaspéré par ce Patrick qui ne disait toujours rien (et qui d’un autre côté, ne pouvait pas dire grand-chose et nous avons vu pourquoi), Philibert sortit de la pièce. Il revint seulement quelques secondes plus tard, avec une de ces grosses cordes dont se servent les marins dans les ports (ce qui est d’une implacable logique) et avec un couteau. 

     Il posa ces deux accessoires sur la table et pris le siège renversé, et sur lequel était toujours assis Patrick inconscient, en le remettant convenablement. Une fois cela fait, il détacha le nœud de la corde qui maintenait notre héros souffreteux attaché au dossier de la chaise. Dès que l’interrogé fut libre, Philibert le prit par les épaules et le catapulta rien qu’avec la force des bras sur un côté de la pièce. Patrick ainsi projeté, s’esclaffa violement contre un mur, en ne provoquant d’aucune façon l’attention de Philibert, qui s’était déjà saisi du couteau, avec lequel il déchirait l’endroit de la chaise où l’on a coutume de mette notre arrière-train, ce qui est fort déplaisant par ailleurs. Une fois cette étrange besogne accompli, il était devenu fort peu commode de s’asseoir sur la chaise, car il y avait là un trou béant, et le malaise ressentit si on tentait l’expérience de s’en servir devait être fort désagréable.   


    L’interrogateur violent se saisit ensuite d’un Patrick qui semblait revenir à la vie, ouvrant ses yeux gris à la lumière de ce monde d’une trop grande noirceur, tout en ayant une respiration plus vigoureuse, qui donnait à notre héros des aires agonisants.

   Philibert baissa le pantalon de son interlocuteur dont la loquacité était compromise, sous les yeux interrogatif de l’homme derrière la vitre. Une fois cette immonde tâche achevée et le pudique bazar lmdq-26-bis.JPGexposé aux yeux vicieux des quelques excommuniés du respect de l’intimité d’autrui, celui dont on violait la continence fut assis sur la fameuse chaise.

    La douleur fut atroce. Les jambes déshabillées de notre héros se seraient l’une contre l’autre, tandis que la noble disposition qui  se trouve habituellement entre les deux se trouva fort dépourvu dans cette inconfortable situation. Ce que nous appellerons les « bijoux de famille » pour ne pas choqué la morale (qui doit déjà souffrir d’un coma tellement cette horrible description d’une insupportable dureté est crue), se trouvaient sous les deux jambes, pendouillantes bien gentiment, sans savoir ce qui les attendaient. 

     Puis, Philibert rattacha Patrick au dossier de la chaise, intact celui-ci, et dès que cela fut fait, il sortit de la pièce, en se grattant le bas du ventre.

     L’homme derrière la vitre observait ce Patrick dépoilé. Un sentiment de pitié s’empara de lui à la vue de ce pauvre homme qui n’avait rien dit, et qui, salement amoché, semblait ne vraiment rien savoir.
 

    Quelques minutes plus tard, Philibert rentra de nouveau dans la pièce, avec un sceau d’eau dans les deux mains. Il jeta le contenu de celui-ci à la figure de Patrick, ce qui rinça se dernier d’un fort agréable façon tout en accélèrent considérablement son retour total dans le monde des vivants. Bien que ressentant une souffrance atroce au niveau des reins et de la tête, il était à présent tout à fait éveillé.

    Alors Philibert ne dit rien, et il prit la grosse corde, encore sur la table.

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Publié dans Le mémorial de quand

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