Le mémorial de quand ?

Publié le par Lukaleo

Comme nous l'avions indiqué il y a quelques temps, nous allons publier ici même Le mémorial de quand ?, roman issu de l'imagination de Lucas (collaborateur avec moi-même à ce blog qui est le nôtre) et qui conte une histoire rocambolesque, humoristique et palpitante qui sera ainsi diffusée chapitre par chapitre; mais ne nous attardons pas sur ces commodités : voici la couverture suivie de la préface.

Préface

     

Par un après-midi d’automne monotone, dans la sombre antre exsangue dans laquelle nous nous trouvions inopinément, fatigués et riant nerveusement, une idée lumineuse vient éclairer la pièce dans laquelle nous étions et qui était, en réalité, une cuisine. Eblouie par cette singulière idée qui, pour l’instant, ne laissait transparaître que sa face immergé qui émergeait de nos bouches caillouteuses et asséchées par quelques débris irritants de biscuits déshydratés avec lesquels nous nous sustentions machinalement, nos yeux ankylosés devinrent brillants et réfléchissaient dans leurs orbites respectives agitées par un tel éclat de lucidité, qu’il fit tanguer notre esprit jusqu’à le faire chavirer dans les méandres glaciaux qui flottent sur cette étendue fluide et béante qu’est le néant ; mais n’exagérons rien. Immédiatement, nous sombrions dans la découverte d’idées qui nous submergeaient et nous coulaient dans notre imagination débordante. Au long de nôtre longue descente dans les tréfonds de notre âme dépravée, nous vîmes un homme simple, nous aperçûmes une belle église, nous rencontrâmes une femme désirable et un jeune homme séduisant, nous observâmes un village paisible et une famille tranquille, nous découvrîmes tout de noir un homme vêtu puis un être abjecte et puéril, enfin, nous suffoquâmes devant une bestiole insignifiante ; mais n’exagérons rien. A partir de là, nous perdîmes connaissance et, ne pouvant refaire surface, nous nous égarâmes en nous souvenant d’une flamme crépitante et ravageuse formant un feu qui nous éclairait et nous maintenait en vie par sa puissance prépondérante ; mais n’exagérons rien.

Le feu et le temps se consuma et l’un posa la première lettre d’une ambitieuse construction dont les plans encore inaboutis laissaient un doute planer mais finalement si loin planait se doute qu’il ne planait que très peu vers l’édifice qui allait s’ériger quelques mois plus tard au prix de longues nuits blanches et de courts jours noirs de création incessante ; mais n’exagérons rien.L’autre, c'est-à-dire moi, se contenta de suivre l’avancement des travaux et de rédiger une modeste et plate préface qu’actuellement vous parcourez du regard encore inconscient de ce qu’il va voir plus loin et le choc qui s’en suivra ; mais n’exagérons rien.

 

On pourrait croire, à première vue et à la naïveté dont vous faites sinistrement part, lecteur médiocre et improductif,  que ce roman m’a ému d’une manière incommensurable et que je serais marqué à vie et même au-delà par les mots qui le composent ; et que même, je ne pourrais jamais m’en remettre. Et bien, lecteur pitoyable, c’est une erreur gravissime que vous commettez ici, novice de bas étages ; car je fus marqué bien davantage lorsque  nous nous rendîmes quelques temps plus tard, à nouveau dans cette sombre antre exsangue qui s’était vue éclairer de mille feux lors de cette fameuse idée dont je vous contasses le cheminement au cours de ce récit préambulaire ; nous observions sans dire un mot et nous nous souvenions de cette glorieuse aventure qui fut la notre ; mais n’exagérons rien. Pourtant, alors que similairement, nous nous sustentions, je supputasse une idée farfelue qui me venait hasardement à l’esprit ; le coup atroce que je ressenti derrière ma nuque et la douleur qui fut la mienne lorsque je prononça ces quelques sentences, me fit d’abord regretter mon geste et songer à la douleur qui ne fut pas la mienne lors de l’écriture de ce roman, puis, je compris par la suite, en y songeant quotidiennement, que j’avais, comme un con, bouffé tous les biscuits sans en laisser un seul ; ma vie allait être marquée à jamais par cet épisode funeste de mon existence déchue et à jamais imprégné par cette blessure béante et insalubre ; et je n’exagères rien, alors s’il vous plait, merci.

 

 

 

                                                                                                                            Léo

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Publié dans Le mémorial de quand

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