Chapitre 7
Dimanche commençait. Au matin Patrick se leva du mauvais pied car il était resté toute l’après-midi de la veille à répondre aux nombreuses questions de sa femme. La police l’avait informé qu’une enquête aurait lieu, et que la préfecture de police de Saint-Étienne se mettait sur l’affaire ! Dans tout le village, la rumeur se répandait aussi vite que la lumière de la foudre dans un sombre orage.
Dans les deux bars du village, les clients ne cessaient de parler de cet événement, une triste affaire, assurément ! disait-on partout pour qualifier cette tentative de meurtre. Mais on n’arrêtait pourtant pas d’en parler, partagé qu’on était sur différents points : certains pensaient que l’homme qui voulait tuer Patrick était à l’origine de l’explosion pour attirer l’électricien dans le jardin. D’autres pensaient que Stéphanie avait malencontreusement percé un tuyau de gaz en s’occupant du jardin.
Pour ce qui était de l’agresseur, le village était partagé : il y avait ceux qui défendaient la thèse où Patrick devait être assassiné par un ennemi inconnu et pour une raison que nul ne connaissait. Par contre, d’autres affirmaient que le tueur tué (allusion à un vieux film des frères Lumière), était un fou échappé d’une asile psychiatrique qui voulait tuer le forezien sans aucunes raisons valables, sinon celle de sa folie. Les deux camps s’affrontaient avec différents arguments plus ou moins plausibles.
Mais il restait cette fameuse explosion, était-elle préméditée où était-ce une simple coïncidence ? Sur ce point, les orateurs préféraient croire à la thèse de la météorite ou de l’accident, car ils refusaient de croire qu’une menace pesait sur le paisible village. D’ailleurs, le fracas de cet évènement avait été entendu jusqu’à Sail-sous-couzan (!), preuve de sa puissance étonnante.
Mais il y avait un autre sujet qui faisait débattre : Patrick Bijote. Le petit dessinateur qui fait de l’électricité pour arrondir ses difficiles fins de mois avait-il eu un comportement héroïque ou tyrannique ? A la grande majorité et malgré la suspicion, les gens pensaient que notre ami s’était comporté de manière héroïque. Le problème, c’est que Loïc avait raconté à ses amis, sans la moindre méchanceté envers son père, que ce dernier avait échappé gauchement le seau d’eau sur la tête de Stéphanie. Les paroles de l’adolescent se répandant, passant d’oreilles en oreilles, finirent par être déformées.
Et certains finirent par clamer haut et fort que Patrick avait mis une bombe dans le pré dans l’unique but de tuer son épouse ! Quand celle-ci fût dans le jardin, Patrick fit exploser le chargement ! Mais voyant que sa femme n’était pas morte, il décida d’en finir et il la tabassa en se servant du seau d’eau ! A ce moment intervient l’homme de deux mètres : il passait par hasard dans le village de Boën et, voyant sous ses yeux l’abominable crime qui allait avoir lieux, il décida de réagir et il sortit son arme dans le but d’arrêter l’odieux massacre, car comme chacun sait, chaque américain à toujours une arme sur lui. Il pointa la blasonne sur le bourreau de la femme, mais juste avant de sauver Stéphanie des griffes de Patrick, il fût tuer par l’officier de police Ratatouille, qui appelé par Loïc, croyait bien faire. Pour beaucoup, cette hypothèse n’avait pas de sens, car si on mettait ce Patrick un peu à l’écart, on ne l’appréciait pas moins.
Toutes les personnalités les plus importantes du village avaient-elles aussi leurs avis, qui étaient parfois divergents. A titre d’exemple : le curé. Le Père Fion pensait en effet que Patrick voulait bel et bien tuer sa femme, mais sous l’emprise du démon. L’homme d’église pardonnait donc Patrick. Son incontestable sagesse lui donna un grand nombre de partisans. Toutefois, si beaucoup choisissait le camp de l’Eglise, d’autres prenaient le chemin de la République et de la laïcité en soutenant le maire du village, Joseph Colcardouille, qui déclarait être de tout cœur avec Patrick Bijote. Pour ce qui était de l’instituteur, Jules Petibidon disait ne pas avoir d’avis, en affirmant tout de même qu’il se méfierait à présent du dessinateur, comme c’était le cas avant l’incident de toutes façons.
En tout cas, nul ne restait insensible au passionnant débat qui avait lieu dans le petit village, qui était maintenant divisé en plusieurs camps qui se disputaient la vérité sur ce qui était arrivé ce samedi matin. Et chaque villageois ne cachait son impatience de savoir ce que dira le « communiqué officiel » du maire et de la police stéphanoise, dont la publication était prévue pour dans quelques jours dans le très sérieux Coin-coin de Boën.