Chapitre 8

Publié le par Lukaleo

     Et justement, le maire de Boën avait convoqué Patrick pour l’élaboration de ce communiqué, où notre héros était le premier acteur. Lors de l’interrogatoire, destiné à faire avancer l’enquête, le maire du village sera accompagner par deux policiers de haut grade, chargés de s’occuper  de cette  affaire et de résoudre les mystères suivants : qui était cet américain, pourquoi voulait-il tuer le forezien ?

  

     Sur le chemin qui le conduisait de chez lui jusqu’à la mairie, le convoqué remarquait que les gens le regardaient parfois avec un air de compassion, d’autres fronçaient les sourcils en le voyant, enfin certains détournaient simplement le regard, pour ne pas être confronté à celui de Patrick. Voyant cela, il se sentit tout petit, il avait envie de disparaître et de s’enfermer chez lui, à l’abri des vigilances, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Sur le chemin qui le menait à la mairie, il passa devant la maison de Raymond Ratatouille, où il vit de nombreuses personnes de sa famille, sombrement habillées et pleurantes. Ils voulaient entrer pour savoir quelle était la cause de leur tristesse mais il ne le fit, car il pensait être à l’origine de leur malheur. Il arriva alors Place de l’église où se dressait la maison du seigneur, avec à ses cotés, le monument aux morts. Puis il passa à coté du clocher et longea le bâtiment sur la longueur, ensuite, après quelques raccourcis qui rallongeaient sa route, Patrick arriva vers la fameuse mairie dans laquelle il pénétra et il remarqua qu’il n’y avait strictement personne, il observa l’intérieur du bâtiment et  vit inscrit en lettre d’or : Bureau du maire, Joseph Colcardouille.

 

Il se dirigea vers la porte et frappa.

     -Entrez ! lui cria une voix qui venait de l’intérieur.

     Sans plus attendre, il ouvrit puis introduit uniquement sa tête à  l’intérieur de la pièce, histoire de voir où il mettait les pieds. A droite, il n’y avait rien de formidable, alors il regarda vers la gauche et vit le gros maire, assit, les mains sur le bureau qui le regardait d’un air interrogateur. A sa droite et à sa gauche se trouvaient derrière lui deux policiers de grande taille, qui se tenaient debout, bras dans le dos, torse relevé. Pas le moindre mot ne fût  prononcé et Patrick rentra donc entièrement dans la pièce.

     -Asseyez-vous, cher ami, il faut faire vite, de graves choses se passent actuellement dans notre village ! dit le Maire  presque méchamment.

     Patrick ne trouva rien d’autre à dire que :

     -Bonjour, monsieur le maire.

     Il posa son postérieur sur la chaise, ce qui provoqua  un grincement qui fit sursauter toutes les personnes se trouvant dans la pièce. Après s’être assit, il regarda autour de lui et à part le portrait de Jacques Chirac et le buste de Marianne, il n’y avait rien d’autre que des placards ainsi que des étagères remplies de dossiers et de directives politiques. Ce qui frappa Patrick, c’était le manque de lumière dans le bureau, car seule la lumière du jour l’éclairait, mais celle-ci était cachée par les stores qui ne laissaient passer qu’une  multitude de larges traits lumineux, créant un contraste d’éclairage inquiétant. Patrick tenta de voir les têtes des policiers mais il faisait bien trop sombre là-haut pour les dévisager.

     -Bon, débuta le maire, je vais commencer cet interrogatoire, excusez-moi du terme, accompagné par ces deux gardiens de la paix, pour ma sécurité personnelle.

     A ce moment Patrick regarda la maire d’un air surpris.

     -Ca vous étonne ? Eh bien rassurez-vous : moi aussi, reprit le dirigent, mais en plus de vous surveiller, ils vont enregistrer notre discussion.

     Là, il s’approcha de Patrick et lui dit en murmurant :

     -De toute façon, j’étais contre la présence de ces deux imbéciles mais le préfet de police a insisté.

     Patrick répondit d’un signe de la tête.

     -Ce n’est pas grave.

     -Parfait ! Pour commencer, je suppose que comme nous, vous êtes particulièrement attristé par la disparition de notre ami, Raymond Ratatouille.

     -Il est mort ! s’écria Patrick.

     -Oui, il s’est suicidé la nuit dernière, dit le maire, cette disparition m’oblige à trouver un autre policier, et remplacer  le populaire Ratatouille à quelque mois des élections m’embête.

      -Oui, je comprends.

-Mais ce n’est pas le problème, expliquez-moi, cher Patrick, ce qui s’est passé hier matin. En ne me disant que la stricte vérité, demanda le maire, l’affaire prend une tournure inattendue.

     -Bon, commença Patrick, c’était le matin et je revenais de mon jogging quotidien et je portais des alter, comme tous les matins, pour entretenir mon corps, en définitive.

     A ce moment, monsieur Colcardouille regarda le corps de celui qui lui contait cette histoire  d’un air douteux, voyant cela, Patrick passa vite à la suite et arrêta de parler de ce moment issu de son imagination. 

     -Et tout à coups, BOUM ! Ca pète dans le jardin ! Je n’hésite pas une seule seconde : j’accoure immédiatement dans le jardin pour voir ce qui se passait, j’ouvre la porte et je ne vois qu’une chose, le cratère, euh…. ma femme, par terre !

     -Vous n’avez pas vu l’énorme cratère qui était au milieu de votre jardin ? intervint le maire.

     -Non, répondit l’interrogé, ma vision a comme été absorbée par ma femme couchée par terre, sans vie.

     Le maire ne cessait de faire des mmh, mmh, pour faire comprendre à son interlocuteur qu’il suivait, et qu’il comprenait ce qu’on lui disait, mais il semblait pressé et particulièrement agacé par la présence des deux policiers derrière lui.

     -Bon, continua Patrick, moi je cours vers ma femme, mais je suis pieds nus, car dans ma peur et mon étonnement je n’avais pas pris le temps de mettre mes pantoufles. J’arrive vers elle, je lui fait du bouche à bouche, des massages cardiaques mais aucunes de ces techniques ne marchaient. Pourtant Dieu sait que j’en ai sauvé des vies avec ces massages, et je pense donc que ma femme était tombée dans le coma.

     -Ah ! Vous pensez que votre femme était tombée dans le coma ? demanda le maire.

     -Oui, vous savez, je n’ai été bénévole à la croix rouges que cinq ans, et je n’y connais donc pas grand’choses en médecine, mais selon moi, c’était un coma.

     -Bon, continuez maintenant, dit le maire.

     -D’accord, répondit Patrick, alors évidemment, j’ai vu ma femme inanimée par terre, je tente une réanimation, mais ça ne marche pas, alors je décide d’aller chercher des trucs pour la soigner, et en passant je demande à mon fils d’appeler la police. Et voilà que quand je reviens, qu’est-ce que je vois ?

     -Vous voyez l’américain, c’est ça ? interrompit le maire.

     -Non, je reviens dans le jardin et que vois-je ?

     Dans la pièce, un long silence s’installa, Patrick attendait la réponse des trois autres personnes tandis qu’elles tentaient de trouver la réponse en sachant qu’il ne s’agissait pas du fameux américain. Le dessinateur qui voyait l’impatience de ses interrogateurs décida enfin de donner la réponse de sa brûlante question.

      -Eh ben, je ne vois rien ….finit-il par dire avec déception, sentiment encore plus fortement perceptible chez ceux qui l’écoutait. Du moins, je ne vois pas ma femme, elle avait disparue !

      -Vous avez fait quoi ? demanda le maire dont l’impatience renaissait de ses cendres.

      -Bon, moi pour dire je suis pas du genre à paniquer dès qu’il y a le moindre problème, j’ai même cette chance de savoir garder mon sang froid dans n’importe quelle situation, même extrêmes. Par exemple, là, je ne me suis pas mis à pleurer comme une fille en me lamentant, mais je me suis mis à chercher méthodiquement. Si vous voulez, je n’suis pas une de ces fillettes qui se disent être des hommes et qui perdent leurs moyens dès qu’il y a un problème en définitive.

      -Oui, très bien, continuez ! cria le maire, très excité.

      Patrick voyait que les policiers étaient eux aussi de plus en plus à l’écoute de ses paroles, car on approchait de la rencontre avec l’agresseur.

      -Eh voilà que tout d’un coup, je me retourne et je vois un  homme de plus de deux mètres de haut, en définitive, qui tiens ma femme, toujours dans le coma, en définitive ! cria-t-il avec exaltation.

      -Et alors ? demanda le maire, qui souffrait de son impatience comme on souffre d’une envie pressante que l’on ne peut soulager.

     -Et alors ? hurla Patrick, en criant et en se levant de la chaise. Et alors ? répéta-t-il toujours plus fort et en ayant l’air de dire un discours. Et alors, je vois qu’il a ma femme, et qu’en plus de ça, il l’a mise dans le coma ! Pour me venger de son affront, je me mets à le tabasser de coups aussi puissant que ma rage. Il fut tellement bousculé qu’il partit à l’arrière et laissa tomber ma femme. Débarrassé d’elle, il se mit à se battre lui aussi, et il se défendait bien le bougre !

     -Vous n’êtes pas blessé ?

     -Moi non, mais je pense que lui doit avoir des stigmates.

     -Pas apparents en tous cas.

     -Ah bon ! Ca m’étonne avec ce que je lui ai mis ! finit par dire Patrick. Mais malheureusement, il reprit le dessus et me pointa une arme entre les deux yeux, en définitive. Ma franchise est bien trop grande pour ne pas vous cacher qu’à ce moment là, j’ai eu peur. Pas pour moi, évidemment, mais pour mes deux enfants et ma femme. Je ne voulais pas laisser derrière moi deux orphelins et une veuve.

-Ah oui, vous avez deux enfants, je croyais que vous n’aviez que Loïc ? remarqua le maire.

-Non, j’ai aussi Maud, mais elle fait ses études à Saint-Étienne, je la vois rarement.

-D’accord, répondit le Maire.

-Je reviens à mon histoire ? questionna Patrick.

-S’il vous plaît.

-Mais juste avant de tirer, l’américain fut tuer par le tir du regretté Ratatouille en définitive.

-Oui, dit le maire, qui semblait finalement déçus par l’entretient.

-Bon, c’n’est pas digne d’un roman ou d’un film, mais quand même, dit Patrick.

     -Evidement mais nous allons passer à quelque chose de plus important à présent, qui a fait ça ? dit le maire.

     -Quoi ? demanda Patrick.

     -Ce que vous venez de nous raconter.

     -Ben, c’est évident : c’est l’américain.

     -Mais cet homme, vous ne le connaissiez pas ! dit le maire.

     -…Non, en définitive ! finit par  répondre Patrick.

     -Vous ne lui avez donc jamais fait de mal !

     -Non.

     -Il n’avait donc aucunes raisons de vous tuez ? prononça le maire en souriant.

     -Non, répéta l’électricien.

Après cette réponse le maire cria avec joie car il venait de faire comprendre à son hôte qu’il avait des renseignements issus d’une enquête sérieuse mais laborieuse. Il dit, fier et riant : 

     -Mon cher ami, la réponse négative que vous venez de formulez confirme ce que je pense et ce que pensent les enquêteurs qui se trouvent derrière moi.

     -Pas si vite, je ne pige pas ! intervint  Patrick. Vous me dites quoi, en définitive ?

     -Mais c’est très simple, si l’on analyse ce que vous venez de nous dire, il est évident que celui que vous appelez l’américain n’était pas un fou, ni quelqu’un qui voulait vous tuer directement pour des raisons personnelles, ou autre. Nous avions donc  affaire à un mercenaire, un tueur à gage.

     A ce moment Patrick se mit à trembler comme une feuille, on venait de lui démontrer que l’agresseur n’agissait pas seul, ni isolé. Non, ce n’était pas non plus un débile, c’était une personne sensée, à qui on avait donné cette mission : de l’argent contre la vie du forézien. La peur l’envahissait au fur et à mesure que les questions envahissaient son cerveau, car chacune restaient sans réponses, et leurs échos se perdaient dans les ténèbres. 

    -Donc la question, c’est : qui a voulu vous tuer indirectement et qui a donné l’argent pour que l’on veuille vous tuer ?

    Là, Patrick se posa cette dure question :

    -Qui, dans les gens que je connais voudrait me tuer ?

     Il avait très peur car il savait à présent qu’un homme, tapis dans l’hombre, voulait l’assassiner, et la perspective de mourir abattu par quelqu’un qu’il ne connaissait pas et pour une raison toute aussi inconnue ne le réjouissait pas, « moi qui voulait voir le Mont-Saint-Michel » pensait-il.

     -Patrick, dit le maire, sachez que je suis de tout cœur avec vous et sachez aussi que votre famille ne peut pas avoir quelques liens avec la personne qui veut vous tuer. Votre fille fait ses études à Saint-Étienne, votre femme a subit l’accident, elle ne peut être impliqué, votre fils a appelé la police, car d’après la rumeur qui court, il aurait appelé en croyant que vous battiez votre femme. Or, votre femme a elle aussi témoignée, et vous ne vouliez, selon elle, pas la tuer.

     -Oui, merci de votre soutien monsieur le maire, mais pour moi, l’homme qui a fait ça, c’est le Père Fion, en définitive.

     -Le Père Fion ! répéta le maire, surpris. 

     -Oui, le père Fion. Ca fait deux semaines que je ne suis pas allé à la messe, et la dernière fois que j’y ai mis les pieds, je n’ai pas donné d’argent pendant la quête.

     -Vous n’y pensez pas ! Voyons ! Le père Fion ! Ridicule ! Dans votre cas il faut avoir un minimum de paranoïa mais tout de même, penser qu’un  homme d’Eglise voudrait vous tuer, non, ça n’a pas le moindre sens.

     -Oui, conclu Patrick, mais qui ?

     Le maire s’approcha et lui chuchota :

     -Je pense que cette personne n’est pas du village de Boën mais d’ailleurs. Car ici, contrairement à ce que vous pensez, nul n’a envie de vous exterminer.

     -Mais tout les gens que je connais sont d’ici, répondit Patrick de la même manière.

      Pour répondre, le maire parla encore plus doucement :

     -Vous avez sûrement fait du mal à cet homme avant d’arriver.

     Là, un des policiers demanda aux deux personnes de parler plus fort. Patrick reprit la parole en parlant donc plus fort :

      -C’est impossible, je ne suis jamais partis du village. L’endroit le plus lointain où j’ai mis les pieds, c’était à Angoulême, pour le festival de la BD !

      -Mais vous savez bien, avant que vous n’arriviez vivre ici.

      -Quoi ? fit Patrick.

      -Vous n’êtes arrivé ici avec votre famille que depuis peu de temps

      -Mais qu’est-ce que vous dites ? demanda notre héros. J’ai toujours vécu à Boën. Je ne comprends pas ce que vous me dites.

      -Vous n’avez plus le souvenir de n’être arrivé ici que environ depuis six mois ? demanda le maire.

      -Non ! Jamais ! répéta Patrick.

      -Vous vous foutez de moi ?

      -Absolument pas ! Je connais l’histoire de ma vie et je n’ai jamais habité ailleurs qu’à Boën pour des raisons professionnelles ! Croyez moi ! cria Patrick.

      -Taisez-vous donc ! Ne me faites pas croire que vous avez oublié cet épisode de votre existence, qui a duré la majeure partie de votre vie, dit le maire.

      -Qu’est-ce que vous racontez ?

      -Oh, vous m’énervez, conclu le maire, j’ai un rendez-vous et je ne puis vous raccompagner, j’en suis désolé, le temps passe vite. A une prochaine fois, et d’ici là, essayez de vous souvenir de cet « épisode » de votre vie qui a duré à peine une cinquantaine d’années, dit-il d’un air moqueur, le sourire aux lèvres. Et n’oubliez pas : votez, Joseph Colcardouille !

     Et il partit, accompagné des deux policiers, Patrick se retrouva seul dans la grande pièce en se demandant s’il venait de vivre ou de faire un rêve. Puis il dit tout fort :

     -J’ai faim !

Publicité

Publié dans Le mémorial de quand

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article