Chapitre 12
La lune, s’était levée dans le ciel. Mais, les nuages la cachaient. On ne la voyait donc pas. On ne voyait d’ailleurs pas plus les nuages car il faisait nuit (la lune s’est levée, ne l’oublions pas). En plus, il pleuvait des cordes, l’eau coulait à flot, nul ne semblait pouvoir arrêter cette averse, qui durait.
Il était à ce moment pluvieux trois heures du matin. Patrick dormait, d’un sommeil profond, mais inquiet et cauchemardesque. Sa femme, qui dormait à ses côtés, ne dormait pas. Enfin, elle voulait dormir, mais la peur l‘empêchait de le faire.
Elle écoutait la pluie, qui tombait sur le toit de sa petite maison. Elle savait que de tristes choses allaient advenir à Patrick. Mais elle ne pouvait rien faire. Attendre. Partir. Rester. A l’image de son mari, elle était perdue. Mais sa situation était moins catastrophique que celle de Patrick. Elle le savait. Mais là n’est pas la question.
Au milieu du fracas que provoquait chaque lourdes gouttes de pluie, un son sourd se fit entendre aux oreilles de Stéphanie. Quelqu’un tapait contre quelque chose. Mais qui, mais quoi ? Elle se leva regarda par la fenêtre. Naturellement, elle ne vit strictement rien. D’abord parce qu’il faisait nuit. Et puis parce que les volets étaient fermés. Alors elle se retourna, et elle décida de prévenir son mari. Celui-ci dormait encore.
Boum. Le bruit sourd recommençait.
-Patrick ! Réveilles-toi, Patrick !
-AAAAAAAHH ! hurla-t-il. Quoi, encore, qu’est ce qu’il y a ?
Stéphanie, se remit dans un état présentable après le choc que provoqua le cri de son bien-aimé. « On essaye d’entrer » finit-elle par dire.
-Mais qui ? Quel est le con qui veut entrer chez moi au milieu de la nuit ?
-Na cris pas Patrick ! répondit Stéphanie. Il ne sait pas que l’on a entendu !
- Mais qui ? Bon Dieu ? Quel est le chieur qui veut me voir, et qui ne veut pas qu’on sache qu’il vient ?
- Mais il essaye de défoncer la porte au milieu de la nuit ! A mon avis, c’est pas un facteur qui vient nous vendre le calendrier des PTT !
- Mais alors…. Ce serait eux… finit par dire Patrick, très lentement.
Pour répondre Stéphanie fit un signe excité de la tête. Alors, Patrick compris :
-Merde !!! Ils arrivent ! cria-t-il en se levant du lit.
Il prit une batte de base-ball, et s’habilla d’une serviette de bain, son caleçon et son T-shirt n’étant pour lui pas suffisant.
Boum. Boum. Les bruits recommençaient, plus vite, encore. Le couple Bijote décida donc de descendre, très prudemment, en longeant les murs
et s’attendant à tout moment à une attaque surprise. Patrick tête baissée, se trouvait devant, équipé d’une solide arme, et prêt à se défendre. Derrière lui, Stéphanie, craintive, marchait à pas de loups, et regardait à l’arrière (ce qui ne servait pas à grand chose, dans la mesure où il faisait nuit, et où le couple avait pris la précaution de ne pas allumer les lumières, car comme chacun sait, l’assaillant aurait compris que sa présence avait été décelée). Tandis que les bruits se faisaient plus nombreux. Patrick et Stéphanie arrivèrent dans le hall d’entrée.
Boum. Boum. La porte bougeait de plus en plus. L’eau de pluie commençait à renter dans la maison. Patrick fit signe à sa femme de rester à l’arrière, et de ne pas faire de bruit. Notre héros regarda dans le judas, et vit une énorme masse noire totalement disproportionnée, au torse relevé, aux bras infinis. Il se recula, sa femme sursauta. « L’effet d’optique » pensa-il. Puis, tandis que derrière la porte, on continuait de s’énerver, Patrick respira un grand coup. Il regarda une dernière fois sa femme et dans une folie herculéenne, mélange d’orgueil et de lassitude, il ouvrit brusquement la porte. A peine eu-t-il fait ce geste qu’il vit une hache énorme se dresser contre lui, et ce n’est qu’au dernier moment qu’il évita de se faire fracasser par ce dangereux objet, en se reculant vivement. La personne, qui tapait depuis trois quarts d’heure dans la porte, profita de son ouverture pour rentrer dans la maison, ce qui était vraisemblablement son objectif initial. Stéphanie poussa un cri d’effroi quand elle vit que cette mystérieuse personne habillée de noir, poussa son mari brusquement et avec une certaine méchanceté. C’est alors que l’agresseur se dirigea vers le salon, et pris, comme s’il semblait connaître la maison, un cahier où se trouvaient toutes les photos de famille, celle des voyages, des promenades, des vacances qu’avait faites Patrick et sa famille. Et là, il cria, avec une voix étrange qui semblait être le mélange de plusieurs phonèmes :
- Tout ceci n’est que mensonges ! Mensonges ! Calomnies !
Patrick, rempli de haine et de rage, s’avança, après s’être relevé, vers cet homme, tout de noir vêtu. Et il lui dit « J’en ai marre que des cons viennent me faire chier chez moi » et il ajouta dans un cri de désespoir « Barre-toi de là ! ». Mais l’homme ne partait pas. Il restait là, en mangeant, en déchirant, en sautant, en s’acharnant sur les photos. Et en criant « Mensonges ! Calomnies ! ». Alors que Stéphanie était en larmes devant l’odieux spectacle quelle vivait, Patrick vit Loïc, qui avait été lui aussi réveillé.
Mais la vue de son fils ne changea pas sa décision : il prit sa batte de base-ball, et malgré les hurlements frénétiques et déchaînés de sa femme et de son fils, il se dirigea vers l’homme et se défoula sur lui. Il cria, tenta de faire sortir tout son malheur en donnant des coups à cet agresseur. Patrick criait de rage, l’homme de souffrance, Stéphanie et Loïc d’horreur.
Et tandis qu’un éclair foudroya l’horizon, la personne relâcha les photos, en garda quelques-unes et partit, en courant, hurlant de terreur, vers l’extérieur, sous la pluie. Mais Patrick qui n’était pas encore calmé, se mit à le poursuivre, malgré les conjurations endiablées de sa femme et de soin fils, qui le suppliaient de ne pas aggraver les choses «Cesses ce massacre Patrick ! N’y va pas ! Non ! » . Mais il ne voulait pas arrêter, et continua à courir de plus belle, sous la pluie battante, poursuivant sans relâche un agresseur toujours plus inconnu.