Chapitre 23
Patrick fit pour le moins un drôle de rêve. Il était dans sa salle de bains, en maillot de bain rose (ce qui était déjà fort étrange, puisqu’il n’avait pas de maillot de bain de cette couleur). Après cette brossé les dents avec un camion poubelle (dont la couleur ne nous intéresse pas), notre ami regarda la glace. Son reflet le fascinait, quelque chose semblait l’absorber, la glace paraissait être en mouvement. Dans le miroir, là où se reflétait la tête de Patrick, un creux semblait se creuser, déformant son visage. Puis, au centre de ce faible cratère, une teinte orangée puis rougeâtre, apparu, comme si la glace était en train de fondre de l’intérieur.
Patrick fit un sursaut quand, dans son rêve, le miroir se cassa en milles morceaux et quand de celui-ci sortit une flamme qui lui était destinée. Elle provenait d’un lance-flamme, qui était tenu par un homme qui se trouvait de l’autre côté du miroir, sans teint. Dans son rêve, Patrick brûlait, sous les yeux de celui qui tenait cette arme redoutable, et qui bizarrement, avait la même tête qu’un certain Patrick Bijote.
Alors, il se réveilla. En voilà un rêve fort étrange, pensait-il. Et à l’instant où il se rendit compte de la pièce où il se trouvait, il se dit du tac au tac, en voilà une pièce fort étrange. Il se trouvait en effet dans une salle grise, et carré, d’une terrible froideur. Il n’y avait rien, sauf si l’on considère qu’une table et deux chaises constituent un mobilier digne de ce nom. Notre ami voulait se lever, mais à sa grande surprise, il était attaché à sa chaise à l’aide de corde, ce qui, il faut bien le dire est fort désagréable pour se mettre debout. Alors il prit la décision de rester assis sur sa chaise.
Il attendait.
Au bout d’un moment, il remarqua à sa gauche un miroir. Il le regarda, quelques instants, en pensant que comme dans son rêve, il y avait probablement quelqu’un derrière, qui lui pouvait le voir. Mais avait-il un lance-flamme ?
Malgré son sens aiguë de l’observation, Patrick, n’avait pas remarquez à sa droite la porte. Celle-ci s’ouvrit, un homme, grand, large d’épaule, assez vieux, aux cheveux gris et à la moustache encore noire, sortit, ou plutôt entra. Son costume était terne et seule sa chemise était blanche. Son visage était marqué par l’expérience, et aussi par les âges. Avec la présence qu’avait ce personnage, on voyait tout de suite qu’on ne lui la faisait pas, et que surtout, on n’avait pas intérêt à la lui faire, si vous voyez ce que je veux dire.
L’homme, c’est comme ça que nous l’appellerons tant que nous n’aurons pas connaissance de son nom, s’assit en face de Patrick, derrière la table, après avoir fait le tour de celle-ci. Un long silence. Les deux hommes se regardèrent dans les yeux plusieurs lourdes secondes. Puis l’homme dit :
-Bonjour, je suis monsieur Philibert, mais appelez-moi Philibert.
Remarquez bien que maintenant qu’on a son nom, nous appellerons monsieur Philibert, Philibert (ce qui est notez bien, plus court).
-Bonjour, je suis Patrick Bijote répondit Patrick.
-Bonjour Patrick, dit Philibert.
-Bonjour Philibert, dit Patrick.
Les présentations étaient faites. Pour briser la glace, Patrick, un petit peu intimidé, dit, hésitant :
-Beau temps c’est temps-ci ?
Mais tout de suite, Philibert, répondit avec une austérité à faire blêmir un boute-en-train prit d’un fou rire incontrôlable :
-Je ne suis pas là pour parler tricot avec toi…
-Ah ben vous avez bien raison parce que sinon, vous ne seriez pas tombé sur la bonne personne, si vous…
Philibert avait fermé les yeux. Il secouait une jambe, et on sentait en lui un énervement difficilement contrôlé. Alors Patrick s’arrêta.
-Bien. Maintenant écoutes-moi, reprit le moustachu, j’ai une question à te poser. Une question très importante. Et il se trouve que tu es la seule personne sur cette planète susceptible d’y répondre.
-Quel est le sens de la vie ? C’est ça votre question par ce que moi ce que j’en…
Un silence de Philibert, et une jambe qui bouge, Patrick se tait dans un hum domestique.
-Je vois que tu joues les fortes têtes, Patrick. C’est mauvais signe. Enfin, tu fais ce que tu veux après tout. Mais comme tu sembles faire le malin, je vais y aller doucement.
Un silence de plusieurs secondes, uniquement brisé par un raclement de la gorge, effectué par notre ami, qui se trouvait maintenant interrogé par un inconnu qui s’appelait Philibert.
-Quel est le code ? finit-il par demander.
-Le code ? Quel code ?
Philibert dit doucement un juron dont la grossièreté n’a d’égale que l’embarras bien compréhensible suscité par la réponse de Patrick.
-Et merde…
-Si vous croyez que je vais vous donnez mon code de carte de crédit, vous vous…
Philibert se leva brusquement en renversant sa chaise vers l’arrière. A peine fut-il levé, qu’il foutu une rouste absolument mémorable à Patrick qui n’en avait jamais reçu une aussi vigoureuse, même de son père dans sa lointaine enfance. Derrière la vitre, l’observateur fit un « Oh ! » de stupéfaction.
-Tu penses sérieusement que je me fais chier à t’interroger pour pouvoir me servir de ta carte bleue ?
Philibert posa ses deux bras énormes sur la table, et dit, la tête toute proche de Patrick dans un murmure inoubliable :
-Je te laisse un quart d’heure, et puis je reviendrais. Tu sais ce que je veux. Et je veux ce que tu sais. On est fait pour s’entendre.